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Les pointa noirs du Père Dueheene. — Coup d'État manqué de Ch au met te. — Une ironie de Billaud-Varennes. — Désaveu d'Hébert. — Son épuration mouvementée. — Rudesse de Robespierre. — Nouvelles théories de victimes.
Hébert avait conscience que son étoile pâlissait. Le Père Duchesne trahissait ses préoccupations et ses inquiétudes. Il était exposé « à être assassiné par la calomnie ou par le poignard des aristocrates ». On lui envoyait « des muscadines ». Il disait encore : « Je dois m'attendre à être persécuté ft. » Puis ce sont des crises de misanthropie. Il s'en prend à l'homme, « un despote », qui « aime la liberté et veut en priver les autres ». Il avoue même qu'on a versé beaucoup trop de sang; c'est aussi la faute aux endormeurs de feuillants. Mais il est trop tard ; il faut aller jusqu'au bout pour ne pas être écrasé par les contre-révolutionnaires*. Sa colère devient telle qu'il en bouscule Jacqueline et ses marmots \
Ces angoisses, la secte les partageait. Mais, assurée qu'elle était de sa prépondérance à l'Hôtel de Ville, elle entreprit de tenter, avec le concours du Conseil général, une manœuvre qui devait la rendre intangible et sacrée à la Convention. Ce coup d'État n'était rien autre que l'absorption par la Commune des Comités révolutionnaires. Cet organisme, un des ressorts les plus actifs de la Terreur, créé, le 22 mars 1793,
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par la Convention et nommé par le peuple dans les assemblées sectionnaires, était armé, depuis le 17 septembre, du droit de procéder à l'arrestation des suspects. Il était sous la surveillance directe du Comité de Sûreté générale et ne devait correspondre qu'avec lui. Les Hébertistes ne parurent pas s'en émouvoir autrement, tant que la Commune se crut assez forte pour imposer ses volontés ou ses caprices à la Convention. Mais, en présence des échecs successifs que leur avait infligés Robespierre et surtout en raison de la détermination très nettement formulée par le Comité de Salut public de faire prévaloir son action gouvernementale, les Hébertistes résolurent de centraliser à l'Hôtel de ViDe le faisceau des forces municipales. Les Comités révolutionnaires n'en étaient pas une des moindres ; et, pour mieux résister à l'autorité de la Convention, il fallait, à tout prix, les remettre sous la main du Conseil général.
Chaumette fut chargé de l'opération. Le l,r décembre, il vint requérir, devant la Commune, un arrêté prescrivant la communication des Comités révolutionnaires avec le Conseil général « pour tout ce qui tenait aux mesures de police et de sûreté ». Il fit, suivant son habitude, le bon apôtre, jouant toujours des mômes guitares, indigné des calomnies qui excitaient la Convention contre «la Commune usurpatrice», et protestant de l'obéissance absolue de celle-ci aux ordres de l'Assemblée Nationale. Il eut même, à ce propos, une phrase monumentale : « Vous rappelez-vous ces moments do crise où les membres de la Montagne et ceux de la Commune de Paris, en défendant les mêmes causes, ont eu simultanément un pied sur l'échafaud et l'autre lancé au hasard pour la liberté en danger ? »
Il est à croire que les Comités révolutionnaires devaient contenir, comme au temps des Girondins, de nombreux éléments de réaction ; car Chaumette les incrimine fortement ; il les taxe d'ingratitude envers la Commune qui les fit salarier par la Convention. Et cette même Commune, ils cherchent à « l'avilir » en coalisant contre elle les sections ! Aussi, pour que Paris ne < se sectionnise pas », Chaumette veut-il que les Comités révolutionnaires, cette émanation de
la Commune, n en soient plus désormais séparés. Et, avec une rare inconscience, en même temps qu'il s'attendrit sur les victimes des arrestations arbitraires, il porte aux nues les futurs membres des Comités épurés suivant le rite hébertiste € les hommes révolutionnaires pieux et vertueux qui verraient d'un œil sec périr leurs plus proches parents, s'ils avaient trahi la patrie. »
Le Conseil général vota la réquisition de Chaumette. Mais le jour même, le Comité de Salut public obtenait de la Commune l'annulation de l'arrêté ; et Billaud-Varennes, tout en rendant un ironique hommage au € bon esprit et à la sensibilité » du procureur de la Commune, fit décider que lê décret de cassation serait envoyé au Conseil général avant la réunion des Comités révolutionnaires à l'Hôtel de Ville \
Dès qu'ils s'y trouvèrent rassemblés, Chaumette, reconnaissant qu'il fallait s'incliner « devant la défense de la loi » les invita à se retirer. Pache, qui présidait la séance, parla dans le même sens, et avec une émotion tellement communicative qu'à la fin de la séance, tous se précipitaient danj les bras les uns des autres pour se donner le baiser fraternel *.
Ce jour-là (le 4 décembre), à la Convention, une loi substituait au titre de procureur-syndic de la Commune, celui d'agent national, affirmant ainsi, contre toutes velléités d'indépendance ou toute tentative de séparatisme, le maintien de l'autorité conventionnelle.
Il ne paraît pas qu'Hébert ait coopéré directemen t au retour offensif de ses partisans contre lo Comité de Salut public. Il resta prudemment à l'arrière-garde. Bien mieux, d'après son premier et unique panégyriste, en France du moins, il déclara « le 7 décembre, aux Cordeliers, qu'il n'avait pas pris part aux tentatives de Chaumette contre les Comités » En tout cas, son chef hiérarchique invoquait, pour justifier son réquisitoire du i» décembre, les motifs' dont
I.Bdcuz et Roux. Histoire parlementaire, t. XXX, p. 305. î. Moniteur du 16 frimaire (« décembre). - Le Bàtave ou le Sans-Culotte. n« W4. * 8. Thidon. Les Hébertisles.
LE PÈBE DUCHESNE
s'inspirait le Père Duchesne : « Un vrai républicain doit dénoncer son meilleur ami, son père, quand il a des reproches à lui faire. »
Si Hébert désavoua, pour cette seule fois, les agissements de Chaumette,ilen suivit fidèlement l'exemple dans la rétractation de ses doctrines antireligieuses. Ce fut, le il décembre, à la tribune des Jacobins, où l'appelait sa propre épuration, qu'il abjura solennellement l'athéisme.
Le conventionnel Bentabole lui dit d'assez dures vérités. Ce n'était pas qu'il eût quelques griefs contre lui : il avait même été son ami et propagé le Père Duchesne « qui lui paraissait dans les principes les plus purs >, mais il estimait qu'Hébert « mettait trop de chaleur dans des dénonciations dont il n'était pas assez sûr». Aurait-il, par hasard, le « secret des conspirations » ? Pourquoi a-t-il condamné Chabot avant qu'il fût jugé ? Pourquoi a-t-il attaqué Laveaux « parlant en faveur d'un Être suprême»? Mais lui Bentabole, quoique ennemi de toute superstition, y croit bien à l'Être suprême !
Hébert se défendit assez mal. Il reprochait surtout à Chabot d'avoir voulu lui« faire connaître son Autrichienne». Et il blâmait certains joumalistes( Laveaux) d'avoir cherché noise à la Suisse sur le terrain politique. Il repoussait d'ailleurs toute accusation d'athéisme. € Je déclare, dit-il, que je prêche aux habitants des campagnes de lire l'Évangile. Il faut en suivre toutes les maximes pour être parfait jacobin. Le Christ me semble le fondateur des sociétés populaires1.»
Hébert sortit victorieux de l'épreuve. Or, quelques jours après, Robespierre, qui le sentait encore trop puissant pour l'attaquer en face, mais qui entendait ne pas le laisser diriger une opération, dont lui, Robespierre, avait pris l'initiative, le frappait dans un de ses partisans les plus convaincus, Anacharsis Cloots. Il fit rayer l'Ami du genre humain de la liste des Jacobins, comme étranger, au même titre qu'on e xpulsait de la société « tout noble, prêtre ou banquier ». Il l'appelait Monsieur Al lui reprochait d'être resté au-dessus ou au-dessous de la Montagne et d'avoir préparé, la nuit, avec Gobel, «la mascarade philosophique »du prélat. Hébert,
1. Ad lard. La Société des Jicobins, t. V, p. 551 : Séance du 11 décembre.
on ne l'a pas oublié, en avait été un des protagonistes. Enfin, suprême injure, Cloots « était Prussien » 1 1
Le Père Duchesne, croyant désarmer Robespierre, avait répété exactement la profession de foi d'Hébert aux Jacobins. Il protestait contre l'accusation d'athéisme. Il invitait sa clientèle «à se rallier autour de la Convention »et — revirement inattendu — il faisait le plus pompeux éloge du Comité de Salut public \
Cependant Hébert reprenait peu à peu courage. Il sent ait bien que l'homme, dont le regard pesait si lourdement sur lai, le ménageait, le tenant, ainsi que Pache et les autres membres de la municipalité, pour un «excellent citoyen Àu reste, un pacte de sang liait Robespierre aux Hébertistes. Depuis que la Terreur avait été mise à Tordre du jour par la Conventionnés exécutions se multipliaient, sur les dénonciations incessantes des Père Duchesne et des Rougyffy des Gordeliers et des Jacobins, de la Commune et des sections. Robespierre avait eu la bassesse d'abandonner M- Élisabeth, en la flétrissant, à la haine des Hébertistes. Tour à tour, allaient succomber « le palefrenier » Houchard, victime de sa mollesse et de ses tergiversations ; d'autres généraux, non moins malheureux, mais peut-être plus coupables ; cet intrépide lutteur qu'était le journaliste Girey-Dupré ; de grands et généreux esprits, tels que Barnave, Duport-Dutertre, Kersaint,Rabaut Saint-Étienne.
Robespierre pouvait-il, en conscience, tracasser un patriote qui avait si chaudement encouragé le régime de la Terreur et qui entretenait si pieusement aux Jacobins le foyer d'épuration créé par Robespierre lui-même? Sur ce double terrain Hébert allait rencontrer l'opposition irréductible du plus redoutable des adversaires. A vrai dire, il ne devait pas être seul à en subir le choc ; et avec lui non seulement son propre parti, mais encore la Montagne, et jusqu'aux plus exaltés Jacobins, en un mot toute la gent démagogique allait être bafouée et traînée dans la boue par le Vieux Cordelier,