‹ Le Père Duchesne. Hébert et la commune de ParisChapitre 137 sur 165 · Aulard. La Société des Jacobins. Séance du · texte numérisé non relu

Aulard. La Société des Jacobins. Séance du

Tendances réactionnaires. — Apparition du Vieux Cordelier. — Les allié* de Camille Desmoulins. — Leur politique antiminislériclle. — La lutte contre le Conseil exécutif provisoire. — L'autorité du Comité de Salut pub Ix atteinte par cette campagne.— Nouveaux ménagement s de Robespierre pour la Commune et nouvelles épurations. — La Convention se prononce contre la faction héberti» te.

Cette scission, qui devait disloquer si violemment le bloc révolutionnaire, ne s'opéra pas d'un seul coup.

La nausée de tant de sang répandu commençait à monter à la gorge des républicains les plus droits et les plus sincères. Et, parmi eux, les amis de Danton, sinon Danton loimême, étaient des premiers à manifester des inquiétudes qui ressemblaient singulièrement à du dégoût. Ce n'était pas qu'ils eussent quelque appréhension sur leur sort. Ils n'avaient jamais connu la peur, s'ils avaient trop souvent obéi à leurs passions. Mais ce redoublement de rigueurs leur semblait aussi impolitique qu'inutile. Et, lorsque le Père Dvchesne s'emportait contre des appels, chaque jour plus pressants, aux sentiments de clémence et de modération, il nf leur déplaisait pas que le cynique gazetier leur en attribuât l'idée première.

Ils n'en restaient pas moins les alliés de Robespierre. Cet esprit systématique n'avait pas encore sacrifié aux fureur* homicides de la faction hébertiste. Il lui refusait la tète des soixante-treize députés demeurés fidèles à la cause girondine; et, malgré qu'à Paris il laissât carte blanche au tribunal rérolutionnaire, il luttait contre la tyrannie proconsulaire dans les départements.

Aussi Danton l'avait-il puissamment aidé à la Convention pour donner le coup de grâce à l'athéisme. «Si nous n'avons pas honoré le prêtre de l'erreur et du fanatisme, dit-il à la tribune, nous ne voulons pas davantage honorer le prêtre de l'incrédulité. » Mais, en même temps qu'il proscrivait les mascarades antireligieuses qui avaient déshonoré l'enceinte de l'Assemblée Nationale, il voulait que le Comité de Salut public eût à connaître de toutes les dénonciations. Il ne craignit pas de parler de clémence, en maintenant la Terreur à l'ordre du jour *.

Quand il dut, quelques jours après, le 3 décembre, subir devant le club des Jacobins cette épuration à laquelle l'avait convié Hébert, Danton ne se démentit pas, en dépit des murmures qui l'avaient accueilli tout d'abord. Et Robespierre vint, à son tour, lui apporter l'appui de sa parole : « Danton veut qu'on le juge, il a raison ; qu'on me juge aussi; qu'ils se présentent, ces hommes qui sont plus patriotes que nous ! »

Ce fut le lendemain de cette séance mémorable que Camille Desmoulins, reprenant sa plume de journaliste, lança les premiers numéros de son Vieux Cordelier. Le titre était tout un programme. L'ardent et mordant polémiste rappelait ainsi sous quels drapeaux il était entré dans la carrière. 11 avait été, au début de la Révolution, un des Cordetiers de la première heure. Et il le proclamait en face de nouveaux venus, qui, se recommandant de ce titre sacré, avaient profité du terrain gagné pendant la maladie et l'absence de Danton, pour « huer» aux Jacobins «c le président perpétuel des anciens Cordeliers, notre Horatius Coclès », comme < un homme condamné par tous les suffrages ».

Il était facile de reconnaître et de nommer les politiciens, jue le journaliste, après avoir rendu un «ironique hommage m génie de Pitt », appelait le « parti de l'étranger, dominaeur insolent dans la société des Jacobins ». C'étaient, sans ml doute, les Hébertistes qui étaient devenus également les naitres aux Cordeliers. Bien que les procès-verbaux de ce

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