‹ Le Père Duchesne. Hébert et la commune de ParisChapitre 147 sur 165 · Moniteur du- 16 février · texte numérisé non relu

Moniteur du- 16 février

si bien servi au 31 mai, estimait qu'il De fallait pas c dégarnir Paris de patriotes à cause des contre-révolutionnaires ». Il voulait même (et depuis il a fait école) que si les administrations laissaient à désirer, on y plaçât de « bons sans-culottes salariés par la nation ». Sur sa motion, le club vota la réapparition de l'Ami du peuple, l'ancien journal de Marat, exclusivement composé par les Cordelière, pour y < faire les dénonciations utiles au bien public ». Et, afin d'en démontrer le pressant besoin, l'excellent confrère qu'était le Père Duchesne ne craignait pas de dire : « Aucun écrivain, aucun journaliste n'ose écrire, n'ose se mettre en avant et dénoncer les coupables qu'il connaît. »

Le lendemain, 3 ventôse, aux Jacobins, se présentait au scrutin épuratoire un bomme, que l'énormité de ses crimes signalée par Julien à Robespierre avait fait rappeler de Nantes par le Comité de Salut public. C'était ce trop fameux Carrier, qui eut le cynisme d'annoncer, le 28 novembre, à la Convention « la noyade de quatre-vingt-dix prêtres enfermés dans un bateau sur la Loire », sans soulever dans l'Assemblée un seul cri d'indignation. Il s'était institué le défenseur des Cordelière et, de concert avec son intime, Collot d'Herbois, il eût voulu les rapprocher des Jacobins. Les Hébertistes le regardaient avec raison comme un des leurs ; car, bien qu'il eût un faible pour le dantoniste Westermann, traité « d'intrigant dangereux et coupable » par Robespierre, il était un des plus fougueux apologistes de Ronsin, de Rossignol et de Santerre. Carrier fut brillamment € épuré », grâce aux éloges emphatiques de Collot d'Herbois.

Celui-ci, d'ailleurs, ne laissait échapper aucune occasion, en l'absence de Robespierre, de faire le jeu des Hébertistes. Dans la séance du 24 février, au club des Jacobins, alors qu'on lisait une lettre des agents de Fouché déplorant les persécutions subies par des régénérateurs de Commune affranchie (Lyon) — deux commissaires hébertistes — Collot d'Herbois n'eut-il pas l'impudeur de larmoyer cette déclaration :

— C'est faire de grands sacrifices que d'oublier sa sensibilité physique pour ne songer qu'à son pays.

La « sensibilité » des guiilotineurs et des fusilleurs de Lyon ! Hébert n'avait pas de ces larmes de crocodile, tout en visant au même but, au triomphe de son parti. Dans une séance des Cordeliers, répondant aux bruits de famine si faciles à propager en ce rude hiver de 1704, il en faisait retomber la responsabilité sur « la nouvelle faction qui s'élevait au sein de la Convention », celle des « endormeurs », pour qui Camille Desmoulins était un « enfant » et Philippeaux « un fou ». Soyez, disait-il à ses féaux Cordeliers, soyez toujours «l'avant- garde courageuse de la Révolution... On assure que les Brissotins sont anéantis; il reste encore soixante et un coupables à punir. » Cette nouvelle attaque contre Robespierre se doublait d'une satire à l'adresse de la loi, « mal conçue », du maximum, et d'un anathéme contre « l'avarice des gens de campagne qui ont cependant tout gagné à la Révolution ». Et sa conclusion était celle, à la sensibilité près, de Collot d'Herbois :

« Que l'armée révolutionnaire s'augmente, qu'elle marche la guillotine en avant, et je vous réponds de l'abondance » Le numéro 345 du Père Duchesne est la paraphrase de cette édifiante allocution... C'est la condamnation de tous les accapareurs, y compris les « marchands de vin qui font vendange sous le Pont-Neuf »... « Ce n'est pas la faute de la Convention... on se f... du maximum à la barbe de toutes les autorités... Qu'on double et qu'on triple l'armée révolutionnaire... A son approche, toutes les boutiques s'ouvriront.» Cependant Robespierre et Couthon restaient silencieux. Saint- Just se chargea de répondre pour eux, dans un rapport qu'il vint lire, le 8 ventôse (26 février), à la Convention, au nom des Comités de Salut public et de Sûreté générale, « sur la nécessité de détenir les ennemis de la Révolution » \ Il y formulait le moyen de rendre pratiques les considérations générales précédemment exposées par Robespierre, mais dans un style encore plus austère et plus revêche. Lui aussi, à l'exemple de ses deux collègues, ne voulait « connat-

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