‹ Le Père Duchesne. Hébert et la commune de ParisChapitre 40 sur 165 · Bibliothèque de U Ville de Paru · texte numérisé non relu

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les prisons allaient être armés et allaient se réunir aux contre-révolutionnaires pour égorger les patriotes et, après avoir délivré le roi, mis le feu dans tous les quartiers de Paris, nous rejoignions les émigrés.

... « Le concierge (de la Force) voulait sauver la ci-devant princesse de Lamballe et la dame Tourzel, mais il a été forcé de les livrer et elles ont été massacrées.

...«On a observé les formes juridiques autant qu'il a été possible ; les juges présents ont constaté les crimes, et tour à tour les traîtres ont péri et purgé la France. »

Cet atroce résumé des lugubres journées des 2 et 3 septembre trouvait sa consécration officielle dans une circulaire de la Commune, datée du 5 et adressée à toutes les municipalités de France, circulaire qui était en même temps une audacieuse justification de son usurpation de pouvoir.

« Un affreux complot tramé par la Cour pour égorger tous les patriotes de l'empire français, complot dans lequel un grand nombre de membres de l'Assemblée Nationale se trouvent compromis, ayant réduit, le 9 du mois dernier, la Commune de Paris à se ressaisir de la puissance du peuple pour sauver la nation, l'Assemblée Nationale vient d'oublier qu'elle a décrété que la Commune de Paris avait sauvé la patrie et l'on veut la destituer pour prix de son brûlant civisme.

« A cette nouvelle, les clameurs publiques, élevées de toutes parts, ont fait sentir à l'Assemblée Nationale la nécessité urgente de s'unir au peuple et de rendre à la Commune les pouvoirs dont elle l'avait investie.

« Professant les principes de la plus parfaite égalité, n'ambitionnant d'autre privilège que celui de se présenter la première à la brècbe, la Commune de Paris se hâte d'informer ses frères de tous les départements qu'une partie des conspirateurs féroces détenus dans les prisons a été mise à mort par le peuple, actes de justice qui lui ont paru indispensables pour retenir par la terreur les légions des traîtres lâchés dans ses murs, au moment où il allait marcher à l'ennemi. Et, sans doute, la nation entière, après la lon-

gue suite des trahisons qui l'ont conduite sur les bords de ! abîme, s'empressera d'adopter ce moyen si nécessaire de salut public; et tous les Français s'écrieront comme les Parisiens : Nous marcherons à l'ennemi, mais nous ne laisserons pas derrière nous ces brigands pour égorger nos femmes et nos enfants.

€ Signé : les administrateurs du Comité de Salut public, Pierre J. Duplain, Partis, Sergent, Lenfant, Jourdeuit, Marat, l'ami du peuple, Deforgues, Leclerc, Du fort, Catty constitués à la Commune et à la mairie1.»

I. Phudhomxb. Crimes de le, Révolution, t. IV, p. 138. — La Chronique du mou qui avait publié, en novembre 1792, ce document destiné à rester confidentiel, lui donnait pour date le 7 septembre. — Le i, disent les Mémoires de M™ RoUnd (1831, t. 2, p. 844).

S. Notée et pièces justificatives .

Les journées de Septembre devant la presse parisienne. — Colères du Père Duchesne à l'Assemblée Législative. — Commencement de réaction. — Premières escarmouches du Père Dnchesne contre la Convention. — Les Brissotins et les Maratiers.

La plupart des journaux qui avaient survécu à l'hécatombe ordonnée par la Commune, au lendemain du 10 août, se gardèrent bien de protester contre la version que donnaient simultanément des massacres de septembre, Hébert et le Conseil général. Ne pouvant passer sous silence le fait accompli, ils répétèrent, à leur tour, que le peuple, dans sa justice vengeresse, avait voulu exterminer les conspirateurs, avant de partir aux frontières. Gorsas, Brissot lui-même, en convinrent. Soit par prudence, soit par servilité, le Moniteur et les Révolutions de Paris publièrent de longs articles sur le complot et sur le châtiment des coupables. Leurs confrères furent moins prodigues de détails. La Chronique de Paris, qu'on s'étonne de voir si complaisante envers ses plus mortels ennemis, prétendit que, la veille des exécutions, les prisonniers avaient appelé de leurs vœux et de leurs cris le triomphe de la contre-révolution.

La presse subissait donc la tyrannie de la Commune, avec cette résignation imbécile, dont l'Assemblée Législative offrait, alors, le plus lamentable exemple. En effet, depuis les premières journées de septembre, les représentants de la nation, qui avaient déjà donné tant de preuves de leur pusillanimité, ne comptaient plus. En attendant que la Convention se réunit, ils se contentaient de siéger : leur rôle

était devenu purement administratif. La Commune, seule, gouvernait.

Et cependant le Père Duchesne n'était pas encore content. Il trouvait sans doute que l'anarchie n était ni assez complète, ni assez sanglante, car, suivant un procédé qu'il affectionnait, il gourmandait ses lecteurs et son public de la belle façon : « Ça me scie le dos, écrivait-il, de voir que les hommes du 14 juillet et du 10 août aient si peu de sang dans les veines... > mais heureusement que «c les b... à poil de la Commune, nos commissaires, veillent sur le Temple *. » Le bruit courait que les aristocrates voulaient en forcer les portes. Et le Père Duchesne, qui les accusait d'avoir pillé le garde-meuble pour porter les diamants de la couronne à Coblentz, comprenait dans le même anathème les députés. « Ahl s'écriait-il, ils f... enfin le camp, ces b... de fripiers, de décroteurs \ > Il rendait l'Assemblée Législative responsable des maux dont souffrait la France ; et il allait jusqu'à l'accuser d'avoir favorisé l'anéantissement des détenus de l'Abbaye et d'Orléans, pour faire disparaître avec eux les preuves de sa complicité dans les complots ourdis par les prisonniers.

Pourquoi ce redoublement d'irritation et d'outrages ?Nous croyons en avoir trouvé l'explication dans un passage de la lettre où Françoise Goupil affirmait à sa belle-sœur que son mari n'avait point participé aux massacres des prisons. Elle commençait par lui apprendre qu'Hébert avait été choisi par sa section, dans la nuit du 9 au 10 août, pour être commissaire à l'Hôtel de Ville et qu'il avait couru, dans l'exercice de ses fonctions, les plus grands dangers. Il avait rendu au pays d'éminents services avec « le plus noble désintéressement ». Il avait vu« l'intrigue monter aux places », mais il était resté « modestement le Père Duchesne, pauvre marchand de journeaux (sic : Françoise Goupil avait voulu écrire fourneaux). Électeur, il serait digne d'entrer à la Convention: il a paru trop pur et trop redoutable à ceux qui ont influencé dans les nominations. »

S. Le Père Dachetne, n» 171.

Nous avons déjà remarqué qu'en raison, sans doute, de son éducation première, Françoise Goupil laisse souvent entendre plus qu'elle ne dit. Assurément, sous l'hommage rendu à un caractère, perce une pointe de dépit. Hébert avait-il eu la velléité d' « entrer à la Convention > ? En avait-il été détourné par « l'intrigue »? Il est évident que, tout en jouissant d'une certaine notoriété, il n'avait pas encore l'autorité voulue pour se faire attribuer le mandat obtenu par ses grands amis des Cordeliers et des Jacobins. Son ambition dut en souffrir, et cette âme venimeuse n'en conçut que plus de haine contre les hommes auxquels il se croyait supérieur et qu'allait bientôt atteindre son implacable rancune.

Au reste, Hébert avait partie liée avec la Commune. Il en avait accepté et, qui sait ? peut-être élaboré le programme: c'est-à-dire l'idée très arrêtée do peser sur les délibérations des assemblées nationales par l'intermédiaire des sections et des sociétés révolutionnaires, en un mot d'imposer la volonté de Paris à la France. L'aphorisme fameux « le style est l'homme même » se justifie une fois de plus par l'exemple d'Hébert. Abstraction faite de son vocabulaire poissard, travestissement qui ne trompe personne, le Père Duchesne ne connaît qu'un système de gouvernement, la terreur, qu'un mode d'action, l'énergie révolutionnaire, qu'un châtiment, la guillotine. Hébert exerça dix-huit mois cette dictature de concert avec ses collègues ; peut-être, à l'exemple de Robespierre, la rêva-t-il un jour pour lui seul ?

En attendant, attaché à la fortune de cette Commune insurrectionnelle, qui lui ouvrait le domaine de la politique officielle, Hébert prit en main des intérêts devenus les siens ; et, quand l'heure du péril sonna pour cette même Commune, il ne fut pas des derniers à la défendre, s'abritant d'ailleurs derrière les forces populaires et presque assuré d'un succès où le profit ne serait pas moindre que l'honneur.

La Convention et surtout les députés de la plupart des départements, qui subissaient volontiers l'influence généreuse des Girondins, se déclarèrent nettement, dès la première heure, contre les prétentions d'un pouvoir anarchique et illégal en l'attaquant sur son propre terrain. Aussi bien les

circonstances favorisaient cette habile et sage manœuvre.

Les crimes de Septembre et la crainte de nouveaux massacres préoccupaient tous les esprits. « On assure, dit le Courrier français du 21, que les personnes qui portaient ces jours derniers le peuple à se porter aux prisons étaient les complices du vol (celui du garde-meuble). Ils voudraient noyer la trame de leurs brigandages dans le sang des personnes. » Mais un mouvement de réaction commençait à se dessiner. Les « affiches sanguinaires» étaient* presque partout déchirées ». Et l'avant-veille de la réunion des Conventionnels, un de leurs futurs collègues, Manuel, qui était encore procureur de la Commune, en réclamait avec une telle énergie les mesures conservatrices exigées par l'opinion publique, qu'il entraînait l'approbation de l'opposition ellemême.

« Hier au soir, disait encore le Courrier français, M. Manuel s'est plaint au Conseil général de la Commune de ce que sur le livre des écrous les noms de plusieurs prisonniers se trouvaient sans aucun motif d'arrestation. Cette tyrannie lui a paru si révoltante et si contraire à toutes les lois, qu'il a requis que les détenus fussent mis en liberté, lorsque les motifs de la détention ne seraient pas consignés sur les registres des prisons, ou que les administrateurs de la police n'y auraient pas mis cette clause sous notre responsabilité.

€ La Commune et le peuple, qui était présent, ont juré de défendre la vie des prisonniers. Le même serment a été prêté solennellement par le tribunal du 10 août *• »

C'était un peu tard !

Le 24 septembre, la Convention, soucieuse d'affirmer le principe de sa souveraineté par la condamnation des scènes atroces qu'avait excusées la Commune, votait, sur la motion du député Kersaint, et malgré les efforts de Tallien, représentant de Paris, une proposition de loi contre l'assassinat et la provocation à l'assassinat. L'Assemblée demandait en

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