Courrier frinçàis. Numéro du 21 septembre
même temps un rapport sur l'état de la République et de Paris.
La Commune insurrectionnelle sentit le coup. Évidemment, elle ne pouvait se mettre en rébellion contre la nouvelle assemblée, ainsi qu'elle l'avait fait avec la Législative, mais elle confia le soin de sa défense aux sections, aux sociétés populaires, aux clubs, à ses journalistes attitrés, Hébert et Marat. L'ennemi maintenant, ce n'étaient plus seulement les aristocrates, les royalistes, les feuillants, c'étaient les Girondins qui dominaient à la Convention.
Le Père Duchesne part des premiers en guerre. Il voue aux dieux infernaux les Conventionnels qui sont payés par Pitt et par les amis de Capet pour organiser la contre-révolution l. Il vitupère ceux qui viennent « f... le nez dans les assemblées primaires et qui sont allés attendre les députés des départements à leur arrivée pour les exciter contre la Commune de Paris ; qu'ils s'occupent du procès du ci-devant roi et f... qu'ils ne s'avisent pas de vouloir faire celui des patriotes \ » Le Père Duchesne abomine Manuel qui prétend donner une garde au président de la Convention*. Il charge Brissot de toutes les iniquités d'Israël, Brissot, « ce gazetier du diable »,qui voulait mettre sur le trône Brunswick ou un fils du roi d'Angleterre, et qui maintenant prétend diviser la France en 83 départements (déjà le spectre du fédéralisme !), conclure la paix et transporter l'Assemblée à Bordeaux *. Bientôt la haine du journaliste englobe, à la Convention, dans une même dénonciation, « un tas d'avocats et de tripotiers qui mettent des bâtons dans les roues ». Elle réserve une de ses «c grandes colères » à Roland qui soudoie des cuistres « pour japper» contre les révolutionnaires du 10 août 5.
Déjà la municipalité avait témoigné, dans sa séance du 25 septembre, de son humeur contre un des « hommes d'État »
(c'était le mot de iMarat) les plus influents de la Gironde.
€ On a accusé, devant le Conseil général de la Commune, M. Roland, ministre de l'Intérieur, lequel, disait-on, reçoit les membres de ce Conseil avec une morgue vraiment insultante. C'est, ajoutait-on, en vain qu'on se présente chez lui, jamais il n'est visible. Le Conseil a aussitôt nommé des commissaires pour se transporter chez ce ministre, à l'effet d'y entendre sa justification...4 »
Mais, par manière de compensation, la Commune, qui commençait à trouver Marat encombrant et compromettant, cassait son conseil de surveillance et décidait qu'il n'y serait admis désormais que des membres appartenant au Conseil général : cette mesure était spécialement dirigée contre un homme que la plupart des officiers municipaux traitaient de « fou furieux »
Enchanté de ce coup droit porté à un concurrent, le Père Dtichesne appuyait la politique de bascule de la Commune, s'a ne l'avait déjà conseillée :
« La nation commence à voir clair, elle connaît les Brissotins et les Maraliers. Les uns veulent l'endormir pour l'égorger; les autres lui font patte de velours et l'embrassent tendrement, mais c'est pour mieux l'étouffer.
...f Quant aux Maratiers, qui nous prêchent la liberté, le poignard à la main, les loges des forcenés de Bicôtre les attendent... » L'unique remède à une telle situation, jusqu'au jour où l'on aurait fini d'égorger les traîtres (car cette petite formalité ne manque jamais de revenir dans les homélies du Père Duchesne), c'était de présenter à la Convention des pétitions comme celle de l'ami Gonchon — l'orateur révolutionnaire du faubourg Saint-Antoine. Et il fallait voir « la b... de mine de Marat, quand Gonchon lui a rivé son clou », en déclarant que les braves sans-culottes veulent la pacification et n'entendent être d'aucun parti \
Les invectives du Père Duchesne, qui vont également à
L Le Courrier français du 26 septembre. J. Bcchkz et Roux. Histoire parlementaire. Le Pire Duchesne, n» 181,
< Marat le sanguinaire » et au « renard brissotin 1 », se prolongent quelque temps encore ; et même l'Incorruptible s'y trouve égratigné. C'est la première escarmouche, mais très anodine, d'Hébert contre le grand oracle des Jacobins. Il convient que les « flagorneries » de certains cuistres ont pu égarer Robespierre... mais, s'il a fait nommer Marat à la Convention, c'est sans mauvaise intention »... « Cet aigle (Marat) n'était qu'un hibou... un malade en délire. »
Imprudentes attaques que devait relever un jour Camille Desmoulins et dont Hébert eut grand'peine à se justifier, bien que, par la suite, il se fût prosterné à plat ventre devant Y Ami du Peuple.
i. Le Père Dachesne, n° 182.
U Convention veut en finir avec la Communo insurrectionnelle. — Opposition de Marat. — Les Girondins réclament des comptes et recherchent les responsabilités. — Guerre de journaux et de placards. — Hébert vient défendre la Commune à la barre de la Convention.
Cependant la Convention multipliait les enquêtes sur les agissements d'un pouvoir, si peu conscient, en apparence, de son usurpation, qu'il ne parlait pas de se démettre, alors que l'Assemblée souveraine attendait impatiemment cette abdication. C'était, dans cette arrière-pensée, qu'elle entendait, le 20 octobre, le rapport du député Delaunay, au nom du Comité de Salut public, sur « les arrestations relatives à la Révolution du 10 août ». N'était-ce pas la Commune qui les avait ordonnées et réalisées? Delaunay reconnaissait, à cette époque, € un moment d'anarchie » ; mais c'était un mal nécessaire et qu'il avait fallu subir pour « consommer la ruine » de l'ennemi. Et le rapporteur proposait ce projet de décret :
« La Convention Nationale décrète que le Comité de sûreté générale est autorisé à se faire rendre compte des arrestations relatives à la Révolution du 10 août, de prendre connaissance de leurs motifs, de se faire représenter la correspondance des personnes arrêtées, et généralement toutes les pièces tendant, ou à leur justification, ou à donner des preuves des délits dont elles sont accusées, pour en faire le rapport à la Convention Nationale, pour par elle être prise telle détermination qu'elle jugera convenable. »
De son coté, Marat défendait avec la dernière énergie le «Comité de surveillance de la mairie »,dont il avait inspiré
ou influencé les décisions. « L'aventure désastreuse des 2 et 3 septembre, écrivait-il », attribuée par des « stipendiés » à la municipalité, avait été provoquée par « le déni de justice du tribunal criminel qui avait blanchi » le ministre Montmorin. « Si ce sont des brigands qui ont massacré les traîtres et les scélérats déterminés enfermés dans les prisons, pourquoi Pétion est-il resté deux jours sans les empêcher de consommer leurs forfaits ? » Pétion répondra sans doute que «c la force armée n'a pas voulu se lever » pour y mettre obstacle. Ce ne sont donc pas des brigands qui ont exécuté « cette opération malheureusement trop nécessaire ». Les coupables < sont tombés sous la hache du peuple» parce qu'ils s'étaient « soustraits au glaive de la justice ». On ne peut donc rejeter « ces exécutions populaires sur le Comité de surveillance de la mairie » qui, d'ailleurs, avait pris les devants et fait sortir des prisons les détenus pour dettes, pour contraventions, en un mot « les petits délinquants ».
Après de tels arguments, il était impossible de nier la participation indirecte de la Commune aux journées de Septembre.
C'était, en effet, cette réunion des Assemblées primaires, dont parle si âpre ment le Père Duchesne, qui avait déchaîné les hostilités entre la Convention et le Conseil général. La municipalité l'avait fixée au 4 octobre, et convoqué à la mairie les Assemblées primaires pour les opérations électorales. Les Jacobins y prirent une part des plus actives ; en minorité à la Convention, ils entendaient être les maîtres à l'Hôtel de Ville. Un de leurs membres les plus actifs, grand ami d'Hébert, Momoro, qui était président de la section de Marseille, en obtint cette déclaration qu'elle ferait ses élections à sa guise.
Aussi, le 12 octobre, à la Convention *, Buzot s'indignaitil hautement de cet appel à l'insurrection, et sut-il profiter de l'occasion pour instruire le procès tout à la fois de Momoro, des Jacobins, et de la Commune. Il reprochait au
J. Marat. Journal de la République, n° XII.
3. Bûchez et Roux. Histoire parlementaire, t. XIX. — Moniteur du 13 octobre.
président de la section de Marseille, membre également du Club des Cordeliers, d'avoir prêché le partage des terres dans l'Eure ; et il accusait la Société des Amis de la Constitntion d'avoir déclaré que les départements «n'étaient pas à la hauteur des circonstances »• La faiblesse de l'Assemblée Législative n'avait que trop encouragé les factieux ; et lui, Buzot, affirmait, aux applaudissements de la majorité, que ses collègues resteraient les « Représentants de la République tout entière ». La Convention, ajoutait-il, aurait dû, dès la première heure, prendre en main la police de la ville ; et plus que jamais s'imposait pour elle la nécessité d'une garde spéciale.
C'était en même temps une réponse à l'adresse du député Legendre, qui s'était plaint, à la tribune, le 10 octobre, de la prévention témoignée par la plupart des conventionnels des départements contre la Commune de Paris qu'on avait « noircie » auprès d'eux, sans lui permettre de présenter sa justification.
Dans cette même séance du 10 octobre, Barbaroux, qui savait, comme ses collègues, le défaut de la cuirasse dans le Conseil général, rappelait que, de l'aveu même du Comité de surveillance, on avait signalé la disparition, depuis le 10 août, d'une quantité considérable d'argenterie et de onze cent mille livres en or.
Les visites domiciliaires, les perquisitions, les arrestations, au lendemain du 10 août, s'étaient accompagnées de pillage et de vols. C'étaient partout des protestations. Bertrand de MoUeville affirme 4 qu'on prit pour vingt-cinq mille francs de diamants à sa femme, mais qu'on lui rendit scrupuleusement « les œuvres », c'est-à-dire la monture.
Des bijoux, des effets précieux, des espèces furent dérobés au trésorier de la liste civile Chez les émigrés, dans les églises et dans les maisons royales, aux Tuileries, au garde-meuble, on signala des vols non moins effrontés. Des membres de la Commune, Panis entre autres, en furent accusés. Sergent, le beau-frère de celui qui devait être le grand