H un. Dernières années de Louis XVI
fort étroit, de chaises apportées du corps do garde. Hébert devait être au premier rang.
Au reste, indépendamment del'animosité particulière dont il poursuivait la famille royale, il avait adopté vis-à-vis d'elle cette attitude méfiante, tracassière, hostile, qui caractérisa toujours les rapports de la Commune avec le Temple ot qu'il avait peut-être conseillée dans le principe. Sous prétexte que la ville de Paris était responsable envers la France d'un dépôt qu'elle lui avait pour ainsi dire extorqué, la Commune l'entourait d'un luxe de précautions non moins inutiles que vexatoires. Loin de prendre en pitié une grande infortune, assez punie de ses erreurs par une aussi étroite captivité, elle s'appliquait à lui en rendre plus amères les humiliations et les angoisses, par les tortures morales qu'elle lui infligeait à toute heure du jour ou de la nuit. C'était en quelque sorte une savante préparation à la mort ignominieuse dont elle s'était toujours flattée d'arracher la sentence aux représentants de la nation : car il est constant que la Convention, malgré ses résistances, dut céder, comme l'avait fait la Législative, à la pression des hommes de la Commune.
Hébert était mieux entraîné que personne à remplir ce rôle de bourreau à la petite semaine. La proclamation de la République dans Paris, le 22 septembre, lui parut une oocasion propice pour s'acquitter d'une mission qui lui promettait de si douces jouissances. La Convention venait d'affirmer, sur la motion de Collot d' lier bois, la substitution du régime républicain au gouvernement monarchique. Vers quatre heures du soir, l'officier municipal Lubin, escorté de gendarmes à cheval, s'arrêta devant la tour du Temple ; et là, au milieu d'une foule considérable, d'une voix tonnante qu'il enflait encore à plaisir, il lut ce décret de l'Assemblée :
<c La royauté est abolie en France. Tous les actes publics seront datés de la première année de la République. Le sceau de l'État portera les mots : République de France. Le sceau national représentera une femme assise sur un faisceau d'armes, tenant à la main une pique surmontée du bonnet de la Liberté \ »
L Bsacchhskb. Louii XVII, etc. (Parti, 1861, 2 vol.). T. I, p. 284.
En raison du devoir de perpétuelle surveillance qui incombait aux officiers municipaux de service à la Tour, Hébert et son collègue Destournelles, plus tard « ministre des contributions publiques », étaient assis dans une pièce voisine de la chambre de Louis XVI. Près de la porte qui devait rester ouverte, ils ne perdaient pas de vue leur prisonnier, et, quand ils entendirent la voix de stentor de Lubin — mise en scène vraisemblablement réglée par la Commune — ils fixèrent le roi avec un sourire perfide, dit le valet de chambre Gléry ; mais « ce prince s'en aperçut ; il tenait un livre à la main et continua de lire 1 ».
Une fois que Lubin eût terminé sa lecture, les trompettes sonnèrent, et Cléry se mit à la fenêtre. La populace le prit pour le roi. Elle le couvrit de huées, et les gendarmes le menacèrent de leurs sabres. Gléry dut se retirer1.
Mais ce n'était pas assez pour ces tortionnaires de faire savourer au souverain détrôné l'amertume de sa définitive déchéance : l'apathie de ce pauvre roi l'y rendait peut-être insensible ; et qui sait si, après tant de traverses, cette consécration de sa chute ne lui laissait pas entrevoir le retour d'une quiétude depuis longtemps disparue? Les hommes de la Commune s'avisèrent qu'ils le tourmenteraient plus sûrement en le frappant dans ses affections familiales. Aussi, décidaient-ils, dans la séance du 29 septembre, qu'il serait séparé des siens et transféré dans « la grosse tour». Les officiers municipaux, qui « répondaient de Louis sur leur tête », seraient seuls admis à pénétrer dans les appartements et devraient en garder les clefs. Les gardes nationaux n'y pourraient pénétrer que sur l'ordre des officiers municipaux.Hébert,comme bien on pense, fut au nombre des commissaires que le Conseil général chargea d'exécuter la teneur de son arrêté. Ce fut lui qui rendit compte « des mesures prises pour s'assurer de cet otage national », suivant l'expression du Courrier français, dont nous transcrivons le récit, relation exacte du rapport d'Hébert :
« Les commissaires se sont présentés au prince détrôné et