Ciinr. Journal (1861, Paris), p
HÉBERT BT LA COMMUNE
à sa femme. Us lui ont communiqué l'arrêté par lequel le Conseil général avait ordonné leur séparation. A cette nouvelle, le roi a été frappé d'étonnement \
« — Je n'ai pas demandé cela, dit-il, je me trouve bien dans mon appartement.
« Les commissaires ont répondu qu'il fallait obéir, et ils loi ont signifié Tordre qu'ils avaient de lui ôter plumes, crayons, écritoire et tout ce qui pouvait lui servir à entretenir des correspondances coupables.
€ Au moment de leur séparation, Marie-Antoinette et M- Elisabeth ont versé des larmes; mais l'arrêté n'en a pas moins été exécuté. Alors le roi a pris leurs mains et les a serrées comme pour leur dire : Résignons-nous.
« L'appartement qu'on lui a donné est très commode. Il a paru satisfait en y entrant ; mais, quand il a porté les yeux sur les fenêtres et qu'il a aperçu les grilles et les abat-jour, il s'est écrié qu'il aurait trop chaud et qu'il ne voulait pas rester dans cet appartement.
« Les femmes ont demandé s'il ne leur serait pas permis de communiquer avec les enfants. Les commissaires n'ont pas cru devoir leur refuser cette satisfaction, prenant cependant des mesures pour qu'ils ne puissent se rien dire en secret. On a aussi consenti qu'ils mangeassent ensemble, mais avec la promesse de ne faire aucun signe, ni de tenir aucun langage suspect. Le valet de Louis XVI est logé du côté opposé ; et, pour aller dans sa chambre, il est obligé de passer par celle des commissaires. Louis XVI est logé au second ; Marie-Antoinette au troisième, et M"' Elisabeth, leur sœur, au premier.
t La circonvallation qui doit environner le Temple se continue avec la plus grande activité. Sous peu de jours, le mur sera clos et inaccessible. Les fossés auront douze pieds de profondeur et ne pourront être franchis qu'à l'aide d'un pont-levis. Par ces diverses mesures, la garde de cette forteresse sera à l'abri de toute surprise et elle pourra
1. Courrier français du 4 octobre 1792. — Db Bbaucourt. Captivité et der> nier» momenta de Lonia XVI (Paris, 1892, 2 ▼.). T. II, pp. 60 et suiv.
LE PÈRE DUCIÏESNE
tenir une nuit entière contre quiconque entreprendrait de l'attaquer. >
D'autres journaux reproduisent, et à peu près dans les mêmes termes, le compte rendu d'Hébert. Tous notent cet incident pathétique de la séparation, ces larmes qui durent réjouir le cœur du Père Duchesne. La seule concession qui fut accordée aux prisonniers — mais combien périlleuse et précaire 1 — ce fut le repas en commun, sous l'œil soupçonneux et sous Poreille toujours attentive des officiers municipaux.
Il était rare que le Conseil général n'eût pas à se préoccuper, dans chacune de ses séances, des prisonniers du Temple. Parfois un incident drolatique venait jeter comme une lueur de gaieté au milieu de ces discussions si sombres. Un jour Rocher, le grand ami d'Hébert, se rendit tout exprès à l'Hôtel de Ville, pour annoncer que, sur une pendule portant cette inscription: horloger du roi, il avait substitué à ces deux derniers mots ceux de la République1.
Le lendemain, 26 octobre, une communication d'une tout autre portée était adressée au Conseil par un certain Charbonnier, celui-là même qui devait protester contre le renouvellement de la Commune insurrectionnelle avant l'achèvement de la Constitution. Cet homme n'osa- t-il pas dire, quand le Dauphin fut retiré des mains de sa mère et de sa tante : «c Elles sont si voluptueuses qu'il n'y a pas de filles, dans la rue Jean-Saint-Denis, qui puissent leur être comparées? > Le Conseil général accueillit cette déclaration par des murmures \ Son successeur devait être autrement indulgent pour la déposition que l'on sait du substitut Hébert et qui, évidemment, s'inspira de l'infâme propos de Charbonnier.
Ce qui semblera incroyable, c'est que ces inquisiteurs, si ombrageux, si acharnés à leur basse besogne, trouvaient dans leurs entours des hommes plus méfiants, plus inquiets et tout prêts à les suspecter de trahison.
On a vu que les commissaires désignés par la Commune pour épier les démarches, les entretiens et jusqu'aux moin-