Journal de Pari», 1" novembre 179J
« Cette Convention, si vantée, marche comme les écre visses; une poignée de fripons y jette le désordre, au lieu de faire le bonheur de la nation. Elle va lui donner le coup de grâce, si la nation ne se redresse encore une fois pour exterminer tous les traîtres. Le plus difficile àécorcher maintenant, c'est la queue. Maintenant qu'il n'y a plus à reculer et qu'il faut faire sauter le pas à l'ivrogne Capet,tous les capons saignent du nez. Quoi! disent-ils, nous jugerions un roi ! Que diraient de nous les autres nations si Louis le traître est raccourci1?»
Suivant son invariable habitude, Hébert fortifiait, de toutes les ordures de son Père Duchesne, la boue de ses placards, en même temps qu'il distillait, à la tribune du Conseil général, le fiel de son âme venimeuse. Car, ainsi que nous l'avons fait remarquer, il s'était mis résolument en vedette sur ce théâtre tumultueux de l'Hôtel de Ville, depuis le mois de novembre ; et il poursuivait sans relâche la campagne qui devait, dans un avenir prochain, le porter au premier rang.
A quelques jours de là, un incident imprévu allait servir encore sa popularité en lui fournissant l'occasion d'abreuver d'outrages le monarque déchu. Louis XVI était tombé subitement malade. Le Conseil général prit peur. Il fit envoyer des médecins au prisonnier et décida que les commissaires de service lui adresseraient chaque jour un bulletin de la santé du prince. Ce bulletin était lu à l'ouverture de la séance. Hébert s'indigna d'une procédure qui témoignait beaucoup plus chez ses auteurs du souci de leur responsabilité que d'un sentiment de déférence pour le malade.
— Je réclame l'égalité, s'écria Hébert ; vous n'êtes pas des républicains, des hommes du 10 août ; je demande, par amendement, qu'on lise le bulletin de tous les prisonniers malades \
Il s'était exprimé plus âprement, au dire du Courrier français. Il avait estimé « indigne d'un républicain de s'occuper
1. Chronique de Paris, 9 novembre 1792. — Correspondance secrète, éditée par Lescurc, Paris, 1886, 2 vol. T. 2, p. 628.