‹ Le Père Duchesne. Hébert et la commune de ParisChapitre 58 sur 165 · Feuille de Paris. 3. Feuille de Pàris · texte numérisé non relu

Feuille de Paris. 3. Feuille de Pàris

transfert de Louis à la Convention et de son retour au Temple. Les commissaires ne cessaient de demander des instructions, et souvent à propos des incidents les plus futiles : aussi le Conseil, impatienté, déclarait-il, sur la proposition de Chaumette ou de son substitut, qu'il « n'y avait lieu de délibérer1». Mais, quand les débats s'engagèrent à fond, que la presse prit parti pour ou contre l'accusé, que l'opinion publique s'affirma dans le même sens, et que le théâtre donna, lui aussi, ses conclusions, la Commune surveilla de près toutes ces manifestations et s'en expliqua dans la forme acrimonieuse qui lui était particulière.

Les discours d'Hébert à la tribune de l'Hôtel de Ville et sa polémique dans le Père Duchesne sont le reflet de cette psychologie spéciale, à l'heure critique où la Révolution jouait une partie décisive, dont la Commune entendait retenir tous les bénéfices.

Les journalistes d'alors, qui avaient déjà le sens du reportage (c'est hélas ! le péché originel), assiégeaient de leurs interview les commissaires de service au Temple. Ils en obtenaient rarement des informations précises ; les indiscrétions se payaient cher en ce temps-là ; mais ils parvenaient à se procurer les rapports de ces fonctionnaires et en tiraient, bien entendu, le meilleur parti. Hébert l'avait constaté. Aussi s'empressa-t-il de signaler au Conseil général, dans la séance du 28 décembre, une manœuvre <c qui ne servait qu'à apitoyer sur le sort des prisonniers ».

— Je requiers, dit-il, qu'on prenne un arrêté à ce sujet. Au milieu des voix qui s'entre-croisent pour demander la

parole, éclate le clairon de Toulan.

— Mais vous, crie-t-il au substitut, vous êtes un journaliste.

La discussion « fermée », lo Conseil arrête que les commissaires de service au Temple ne feront plus aucun rapport sur ce qui regarde personnellement les détenus à la Tour

L&Chronique de Paris donne des détails autrement topiques sur cette séance. Il est vrai qu'un de ses rédacteurs s'y trou-

1. Db Bbaucourt, Captivité, etc., II, 196 (Séance du 25 décembre).

2. Db Bbaucourt, Captivité, etc., II, 196 (Séance du 28 décembre).

vait personnellement mis en cause, Pex-marquis de Villette, que Voltaire avait marié avec sa chère Belle et Bonne et qui rachetait un triste passé par une courageuse campagne contre la tyrannie communale. Une lettre surtout, qu'il avait publiée, la veille, dans son journal, avait exaspéré les maîtres de l'Hôtel de Ville. Charles Villette y déclarait que les massacres de Septembre ne Pétonnaient plus, maintenant qu'il voyait avec quelle veulerie les Parisiens supportaient le plus abominable joug.

Hébert dénonça, à la tribune, son confrère en journalisme, et profita de l'occasion pour foudroyer de son anathème anti-libertaire, aussi bien le parti soutenu par Villette, que l'homme évoquant une fois de plus contre la Commune le sinistre souvenir des journées de Septembre.

« Tous les journalistes sont vendus, affirmait Hébert. Je conçois bien que le ci-devant marquis doit regretter ses talons rouges, que ce Sybarite doit s'effaroucher des mœurs républicaines. C'est un trompette que les aristocrates mettent en avant pour tâter l'opinion du peuple sur Louis Capet. Il est instant que le Conseil général prenne des mesures sévères contre les journalistes qui altèrent les séances de la Convention, contre ceux qui avilissent les autorités constituées. Il faut faire justice de tous ces pygmées stipendiés par Roland. On ne reçoit aux frontières que le journal de Gorsas; et Roland paie tous les jours deux mille exemplaires de cette feuille. Je demande à être autorisé à poursuivre Charles Villette et tous les journalistes payés par Roland *. »

Ce haineux réquisitoire fut approuvé par le Conseil ; mais Villette n'hésita pas à relever le gant dans une lettre qu'il adressait, le 30 décembre, au maire de Paris.

c C'est entendu, écrivait-il, et je me présenterai « avec vous » à la barre de la Convention. Là, vous m'accuserez et nous verrons lequel des deux sera confondu... Mais, à mon tour, je vous dénoncerai « comme perturbateur du repos public et fauteur de la guerre civile 1 >.

Réal, premier substitut du procureur de la Commune, se

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