‹ Le Père Duchesne. Hébert et la commune de ParisChapitre 68 sur 165 · Annales de U République Française, etc. Séance du 4 mars · texte numérisé non relu

Annales de U République Française, etc. Séance du 4 mars

8. Courrier Universel ou YEcho de Paris, des départements et de V étranger, du 28 mars. — Déjà, le 26 janvier, Hébert avait demandé qu'on redoublât de surveillance auprès du Ûls Capet < intéressant lui-même » jusqu'à ce que la Convention eût décidé sur son sort. (Bûchez et Rocr. Bulletin de la Commune.)

représenté, entre son fils et sa fille, au-dessus de son testament.

— Celui-ci, répliquait Chaumette,ne peut être incriminé; il a été lu et copié ici-même, publié dans les journaux ; vous en avez permis l'impression. « Mais les gravures insultent aux mœurs publiques ; il est de notre devoir de les proscrire ». Il faut excepter toutefois de cette prohibition les caricatures qui tournent la royauté en dérision : « Laissez acheter Capet guillotiné ; c'est un trait dont profitera l'histoire.» Mais on le représente avec l'auréole d'un martyr «au milieu d'un Jehovah»; c'est un scandale. Je demande non seulement que les gravures soient interdites, mais que le premier passant venu puisse les déchirer, ou « s'en t... le d... »

Néanmoins, Ghaumette daignait apporter un tempérament à ces exécutions scatologiques. Il admettait qu'un collectionneur pût acheter les estampes incriminées dans le portefeuille d'un marchand : « Là est sa propriété; et la police n'y a pas de droit ; c'est par respect pour les mœurs publiques que je requiers qu'elles ne soient pas exposées en vente. Il faut que tous les citoyens soient autorisés à les déchirer et qu'on casse les vitres derrière lesquelles elles se trouveront ; conformément à la loi, on a mutilé tout ce qui rappelait la royauté. »

Hébert ne pouvait manquer d'intervenir dans le débat.

— « Que diriez-vous, s'écrie-t-il, de celui qui, dans une place publique, vous ferait l'éloge de Louis Capet ? Celui qui affiche ces gravures est dans le même cas. Je demande qu'elles soient toutes déchirées. Il nous est permis d'opposer violence à violence. »

Sa méfiance ne connaissait pas de limites. Elle mettait une certaine coquetterie, aussi bien dans rAsscmblée communale que dans le Père Duchesne, à se montrer plus ombrageux que les « patriotes » eux-mêmes. Tout en les adulant, elle les gourmandait de se laisser trop facilement « endormir ». La majorité des sections avait envoyé, le 17 avril, une délégation proposer à la Commune le « plan d'une marche, pour fête au Champ de la Fédération ». Hébert, à qui le Conseil général confiait volontiers le soin de rédiger

Convention prétendit tempérer cet excès de zèle; elle refusa aux commissaires de la Commune l'autorisation de perquisitionner la nuit. Mais le Conseil général voulut avoir le dernier mot; il arrêta que, pour prévenir toute évasion, il ferait, au moins, fermer la nuit les maisons suspectes.

Puis la lettre de Du mouriez était enfin connue ; et, sur le réquisitoire de Chaumette, une délégation de l'Hôtel de Ville vint, le 31 mars, à la Convention réclamer la peine capitale contre le rebelle, accusé d'avoir outragé la souveraineté nationale, en visant au rétablissement de la royauté. Le même jour, le Conseil général, s'arrogeant un droit de censure que lui avaient déjà dénié les Conventionnels, suspendait de nouveau, par un arrêté pris à la demande de Chaumette, les représentations de Y Ami des Lois. Il invitait, en outre, le Comité d'instruction publique de l'Assemblée nationale à expurger les pièces de théâtre et même à composer des spectacles pour le peuple.

La trahison de Dumouriez, affirmée maintenant par Danton, sur les instances de Marat, au club des Jacobins, y produisait une effervescence patriotique qui se traduisait par des manifestations théâtrales. Marat brandissait une « épée romaine », avec laquelle il « fondrait» sur l'ennemi, pendant que Danton jurait de mettre le feu à Paris, de ses propres mains, plutôt que d'y laisser pénétrer les hordes étrangères.

Le lendemain, 1" avril, l'acharnement des Jacobins à convaincre Dumouriez d'un crime dont la complicité devait écraser les Girondins, trouvait une éclatante justification dans lalecture du rapport de Proly, Pereyra et Dubuisson devant l'Assemblée Nationale. Ces émissaires des Jacobins avaient incité Dumouriez à d'audacieuses et cyniques fanfaronnades. Le général factieux leur avait déclaré, à Tournay, qu'il « sauverait la patrie, seul, sans et malgré la Convention, composée de 745 tyrans, tous régicides, et qui, comme il l'avait dit à Danton, n'auraient bientôt plus de validité que dans la banlieue parisienne ». Plus tard, il avait ajouté \ qu'il voulait, seul aussi, faire la paix avec Cobourg et que, sNil ne la faisait pas,c les Autrichiens seraient dans trois semaines à Paris». Quant à lui, avec son armée, « une armée de Mamelucks », il

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se chargeait de réduire la capitale en huit jours. Douze mille hommes suffiraient à cette besogne.

Aussitôt, épousant la querelle des Girondins qu'avaient exaspérés l'arrestation de prétendus complices de Dumouriez et la mise sous scellés des papiers de Roland, Lasource prend vivement à partie Danton, soupçonné d'avoir inspiré ces mesures arbitraires. Les amis de Dumouriez, s'écrie-t-il, mais n'est-ce pas l'homme qui ne cessait de le défendre et môme de le glorifier, l'homme qui, sans raison, proclamait toujours la patrie en danger, l'homme enfin qui fut accusé, avec son collègue Lacroix, d'avoir prévariqué en Belgique ?

Cette sortie de Lasource était la dernière des imprudences. Elle rejeta dans les rangs des Jacobins Danton que ses goûts portaient plutôt vers la Gironde. Il bondit de fureur. Et, cédant enfin aux adjurations de la Montagne, aux clameurs des tribunes, aux vociférations de Marat qui lui rappelait ses engagements de la veille, Danton consomma sa rupture avec Dumouriez, démontra l'invraisemblance d'une entente entre ce traître et lui, dénonça formellement* les hommes d'Etat » comme les seuls complices du soldat rebelle, après avoir été c les lâches qui avaient voulu épargner le tyran ».

— Je me suis retranché dans la citadelle de la raison, criait-il en une phrase restée fameuse; j'en sortirai avec le canon de la vérité, et je pulvériserai les scélérats qui osent m'accuser.

Avant et pendant cette mémorable séance, la nouvelle avait couru dans Paris, affolé, que Dumouriez s'unissait au prince de Cobourg pour envahir le territoire français. Varlet, l'incorrigible Varlet, crut alors l'heure propice pour recommencer, de concert avec Truchon, Grenier et d'autres révolutionnaires, le coup manqué du 10 mars. Cette turbulentecohorte courut à l'Evôché, s'y installa sous le titre pompeux de Comité central du salut public et prétendit entrer en correspondance avec les départements « pour la sauvegarde du peuple ». Cette fois, la Commune, sur le réquisitoire de Ghaumette, reconnut officiellement le nouveau pouvoir; mais, le lendemain, elle rapportait son arrêté. C'est aussi que Barère s'était élevé avec force, au sein de la Convention,

et c'était tout au plus s'il retenait l'accusation contre Fournier et Varlet, qu'il considérait comme des cerveaux brûlés, déjà flétris par Marat et reniés par les Jacobins.

Entre temps, la campagne des sections, de la Commune, des Jacobins et de la Montagne se poursuivait, à la Convention, contre les Girondins et les généraux leurs protégés, au milieu de ces débats, d'où sortaient, dans ce même mois de mars, l'organisation du Tribunal criminel extraordinaire (le Tribunal révolutionnaire) et celle du Comité de salut public, par les soins du Comité de défense générale.

Or, celui-ci venait de recevoir cette fameuse lettre de Dumouriez,dont le ton insolent, rappelant les missives menaçantesdeLa Fayette, laissait pressentir une prochaine défection. C'était une accusation en règle contre le régime « vicieux et criminel »de Pache, l'ancien ministre de la guerre, et contre les errements financiers de Cambon. Bien que les termes de cette mercuriale fussent restés secrets, bien que Danton et Lacroix en eussent obtenu une atténuation, à peine satisfaisante, dans leur démarche auprès de leur grand ami Dumouriez, l'opinion publique témoignait d'une certaine inquiétude, justifiée par tant d'insuccès et singulièrement avivée par une presse, qui, à l'exemple du Père Duchesne, ne cessait de reprocher au vainqueur de Valmy d'avoir épargné les Prussiens1.

La défaite de Nerwinde, sue, le 21 mars, à Paris, fut exploitée en ce sens par Marat qui lâcha aussitôt ses aboyeurs sur la terrasse des Feuillants avec son libelle : « Grande trahison de Dumouriez. » Naturellement, les « modérés »,les Brissotins étaient accusés de pactiser avec le vaincu. Mais, si les colporteurs deVAmi du peuple, dont Lecointre-Puyraveau voulait faire € décréter la démence », furent ignominieusement hués, comme Marat lui-môme, la Commune préparait à ce forcené une revanche, des plus humiliantes pour la Convention.

Le 28 mars, un orateur de la section des Tuileries, Garnier, osait, dans le sein même de l'Assemblée Nationale, lui

demander, au nom des quarante-huit sections de Paris, si elle « se croyait capable de sauver la Patrie 1 ».

— Oui, lui cria Boyer-Fonfrède, mais vous répondez du sort de la Convention.

Cette pression de la Commune sur les représentants de la France, par tous les moyens révolutionnaires dont elle put disposer, devenait chaque jour plus sensible, partant plus intolérable; et, malheureusement, soit par faiblesse, soit par une de ces surenchères électorales dont la tradition ne s'est que trop perpétuée, la Convention obéissait à des injonctions à peine dissimulées.

Le 29 mars, alors que le nouveau ministre de la justice, Gohier, annonçait l'installation du Tribunal révolutionnaire, une députa tion du Conseil général déposait sur le bureau du président un arrêté de la Commune que la Convention transformait immédiatement en motion, puis en un décret, dont l'application, étendue à toute la France, fut une des mesures les plus perfides et les plus iniques de cette terrible époque.

Aux termes de ce décret, tout propriétaire, principal locataire, concierge ou logeur était désormais tenu, dans l'intérêt de la sûreté publique, d'afficher à l'extérieur de sa maison, les noms, prénoms, âge et profession de ses locataires. Il devait en outre remettre une copie de cette liste à la section de l'arrondissement ou au comité de la Commune ; la délation ne pouvait trouver dé plus sûr auxiliaire \

D'autre part, le maire de Paris rendait compte au Conseil général de la mise à exécution du décret de la Convention, qui ordonnait le désarmement des citoyens suspects, et qu'avait approuvé, avec la Gironde, le directeur du Patriote français, Girey-Dupré, par crainte du« septembrisme». Mais Pache avait procédé avec la dernière rigueur. Le 28 mars, à midi, les barrières, les ponts, les rues, tous les passages étaient interceptés. Le rappel avait été battu dès la première heure. Chaque section était sous les armes; les Parisiens ne pouvaient plus circuler sans leur carte de civisme; et les visites domiciliaires se poursuivaient sans relâche. La

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