‹ Le Père Duchesne. Hébert et la commune de ParisChapitre 8 sur 165 · Matbh. Hébert atànt le 10 août · texte numérisé non relu

Matbh. Hébert atànt le 10 août

Duchesne ; c'est l'histoire même de la Révolution qui transparaît à travers ces pages de boue et de sang ; c'est la fatalité d'une carrière, commune à tant d'autres de ce temps, qu'une sorte de surenchère politique entraîne aux pires atrocités et aux plus tristes complaisances; c'est enfin cette manie de fausses et viles dénonciations, cette fureur de délation mensongère, cette horreur de la clémence et cette soif de tuerie, crimes d'autant plus ignobles qu'ils n'ont pas pour excuse ce délire cérébral dont souffrirent de si nombreux révolutionnaires. Hébert, nous ne saurions trop le répéter, n'était pas un héros de carrefour ; il ne se risqua qu'une seule fois, dans la guerre des rues, et il en éprouva un tel saisissement que l'impression s'en prolongea jusque dans ses derniers écrits. Il était le parleur — et il ne manquait pas, au dire de ses contemporains, d'un certain talent oratoire — il était le parleur des assemblées, où il se sentait entouré de ses gardes du corps ; il était le journaliste sédentaire, assis tranquillement devant son bureau, où il distillait, dans le silence du cabinet, lui qui disait < n'avoir pas plus de fiel qu'un pigeon >, tout le poison de ses atroces calomnies. Hébert ne fut jamais un emballé ; il était féroce à froid.

Et comme ses débuts semblent pâles ! Ce n'est pas qu'il ne se façonne peu à peu à cet art de la basse calomnie qui le rendra si tristement célèbre. Mais il y apporte, à l'origine, une certaine discrétion et il respecte encore des personnalités qu'il ne tardera pas à couvrir d'outrages. Dans ses premières feuilles, celles qui ne sont pas numérotées, mais qui datent de la fin de 1790 et sortent indiscutablement de sa plume1, il n'a guère que trois « grandes colères ». Il reproche au duc d'Orléans, le futur Philippe-Égalité, ses intrigues et celles do son entourage. Il fait un grief au roi d'avoir refusé sa sanction à la Constitution civile du clergé. Mais il se déchaîne surtout contre l'abbé Maury qui s'est permis de dénoncer à l'Assemblée Nationale le Père Duchesne. L'histoire vaut la peine d'être contée. Avec cette allure grena-

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