‹ Le Père Duchesne. Hébert et la commune de ParisChapitre 82 sur 165 · Daubai*. La Démagogie en 1793, p · texte numérisé non relu

Daubai*. La Démagogie en 1793, p

4. Courrier Universel du 26 mai 179S (Séance de la Commune du 24).

5. SanaDT. Tableau de la Révolution française (t. I, p. 297 ; Séance de la Commune du 24. Arrêté «igné Destournellea, Cubières).

cence, car « le crime ne repose jamais ». En réalité, le substitut de la Commune est poursuivi « comme journaliste >. Aussi Chaumette voudrait-il que le cachot du prisonnier fût appelé désormais « la Chambre de la liberté de la Presse », de même que certaine tour de la Bastille portait le nom de « Tour de la Liberté » \ Puis, dans un accès de « sensibilité » qui est bien du temps, il joue de la note émue; « il expose qu'Hébert est peu fortuné, que sa femme, qui allaite un enfant, aurait besoin de consolation. Il fait à ce sujet des observations attendrissantes, et il est arrêté que des membres du Conseil se rendront chez Hébert pour rassurer sa femme V » Un peu plus, « s'il avait osé, ajoute Dutard, il eût demandé en même temps des secours provisoires, après un jour d'emprisonnement, pour un homme qui occupe une place importante et qui gagne au moins douze mille livres s. » L'observateur de Garât, qui est, comme tous les gens de police, quelque peu sceptique, n'a, d'ailleurs, qu'une assez mince estime pour Chaumette. « N'a-t-il pas eu, dit-il, la sottise d'afficher qu'il avait été mousse et non moine? Et, pour prouver qu'il n'est pas un fripon et qu'il n'a pas prévariqué dans la place qu'il occupe, il ajoute que, depuis qu'il était en place, il s'était « borné à purger les dettes qu'une horrible indigence lui avait fait contracter ». Aussi Dutard, se plaçant à un point de vue sur lequel nous aurons bientôt à revenir, déclarait-il au ministre que « Chaumette ne s'est pas aperçu que, plus il faisait d'efforts pour témoigner de la peine que lui causait l'embastillement d'Hébert, plus il prouvait au peuple son impuissance, son infériorité et sa faiblesse. — Si tu es Dieu, comme tu nous le dis, délivre-toi toi-même. »

Quoi qu'il en soit, le Conseil général décida qu'une délégation de la Commune se rendrait à la Convention pour se plaindre de cet attentat contre la liberté de la presse, pendant qu'une circulaire, rédigée séance tenante et portée immédiatement aux quarante-huit sections, leur signalerait l'arrestation abusive du substitut de Chaumette.

1. Courrier Universel du 27 mai (Séance de la Commune du 35). 3. Annales de là République du 37 mai.

3. Schmidt. Tableaux de la Révolution (t. I, p. 313, rapp. Dutard).

Quatre jours durant, cet épisode de l'incarcération d'Hébert tiendra la première place dans l'histoire du pays. La Convention en est saisie ; et la discussion s'échauffe, du moment où les commissaires de la Commune demandent * qu'on rende à ses fonctions un magistrat estimable par ses vertus civiques et par ses lumières » et que par conséquent « il soit promptement jugé ». Au milieu du tumulte, se lève le président Isnard ; et, du ton prophétique qui caractérise son éloquence, il déclare, au nom de la France entière, que si la représentation nationale, dont le dépôt est confié à Paris, recevait quelque atteinte, « on chercherait bientôt sur les rives de la Seine si Paris a existé ». Bien qu'applaudi à outrance par les Girondins, ce mot malheureux, colporté aussitôt dans toute la ville, y retrouve les imprécations dont l'avait accablé la minorité de la Convention. C'était une affirmation nouvelle de l'antagonisme créé entre Paris et les départements.

Du fond de sa prison, Hébert assistait joyeusement aux péripéties de la bataille ; et le Père Duchesne comptait les coups, tout en attestant « sa grande colère de se voir obligé de siffler la linotte à l'Abbaye, par l'ordre du Comité d'inquisition de la Convention Nationale.» Dans le même numéro, il adressait ses remerciements « à tous les bons sans-culottes qui avaient pris sa défense, et ses bons avis pour défendre leurs libertés et raser les nouvelles bastilles qu'on veut élever pour renfermer tous les Jacobins et les défenseurs de la sansculotterie. » C'était à la fois un réquisitoire contre le Comité et un plaidoyer pro domo. Il y parlait d'Isnard et de ses menaces, du complot prêté aux sans-culottes, dont le Père Duchesne serait l'instigateur :« Ils disent que je suis un factieux parce que je découvre les factieux... ; que je suis un homme de sang, parce que j'ai de longues moustaches, moi qui ne voudrais pas faire de mal à une poule... Ne vous aijepas toujours dit qu'il fallait respecter tous les membres de la Convention, même les Brissotins ? Qu'ils me fassent paraître, s'il l'osent, devant le tribunal révolutionnaire, je les traînerai dans la boue et je sortirai comme Marat... » Un tel précédent autorisait les impudents mensonges du fonction-

naire;etle pamphlétaire comptait si bien sur la même impunité qu'il amusait de gaudrioles ses lecteurs, en leur contant que, dans sa prison,* sa Jacqueline le baisait et le rebaisait pour le consoler » et que « la fleur des sans-culottes de toutes les sectious venait pomper avec lui ». Néanmoins, comme ou ne saurait être trop prudent, il invitait les citoyens à se rendre à la Convention « demander justice contre leb... de Gomité des Douze » \

L'appel fut entendu. Le 26, une Commission, représentant seize sections de Paris, se présentait à la barre de l'Assemblée Nationale ; et son « orateur » s'exprimait en ces termes :

— « Un magistrat du peuple, le citoyen Hébert, gémit emprisonné depuis trois jours à l'Abbaye. On a violé en sa personne la liberté delà presse et la représentation d'une grande Commission. Certes, vous n'avez pas donné à votre Commission des Douze le droit terrible d'arrêter les meilleurs citoyens, d'exercer une censure sur les opinions les plus pures, d'arracher à ses fonctions un officier municipal, célèbre par son patriotisme. Et cependant, Hébert a été arrêté pour ses écrits où respire le civisme le plus ardent; il a été arrêté au milieu même de ses fonctions. Quelles seront les suites de cette puissance inquisitoriale ? Songez que nous n'avons pas brisé le sceptre de la tyrannie pour courber la tête sous un nouveau despotisme... Paris est l'objet des plus noires calomnies *. »

Quand Legendre voulut convertir en motion cette pétition si injurieuse pour la majorité conventionnelle, et dont un député demandait le renvoi au Comité des Douze, de violents débats éclatèrent, qu'Isnard ne put arrêter qu'en levant brusquement la séance.

Mais l'impulsion et le mot d'ordre étaient donnés : il fallait enlever de haute lutte la mise en liberté d'Hébert ; et ce n'était pas, comme pour Marat, le pouvoir légal du tribunal révolutionnaire qui devait prononcer dans la plénitude de son indépendance, mais la voix furieuse d'une foule dépourvue de toute autorité et travaillée par d'audacieux meneurs.

Le désordre s'est aggravé dans les sections ; à la Butte

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