Garât. Mémoires (édition Maron. Paris, 1862), p
le ministre de l'Intérieur condamnait aussi formellement le matin les agissements de la Commune, les Girondins furent comme abasourdis d'entendre le même homme faire, le soir, l'apologie de la municipalité révolutionnaire. Aussi voulurent-ils qu'lsnard levât sur l'heure la séance, d'autant qu'une masse de pétitionnaires se pressaient bruyamment aux abords de la salle. Mais déjà l'impétueux président avait quitté le fauteuil où le remplaçait aussitôt un partisan de la Montagne, Hérault de Séchelles.
Les portes sont ouvertes. Une députation de vingt-huit sections se présente à la barre. L'orateur réclame avec force la liberté d'Hébert : « Rendez-nous notre frère, notre ami, celui qui est investi de notre confiance, celui qui nous a toujours dit la vérité, celui que nous avons toujours cru. Rendez-nous de vrais républicains ; détruisez une Commission tyrannique et odieuse ; et que, séance tenante, la vertu triomphe. »
Hérault de Séchelles réplique par cette réponse, tristement célèbre, ne caractérisant que trop les sentiments de basse adulation dont ces fiers républicains se targuaient envers la populace :
« La force du peuple et la force de la raison sont la même chose f . »
Mais les pétitionnaires se succèdent, exigeant tous l'élargissement d'Hébert ; le flot déborde et envahit l'enceinte même de l'Assemblée. C'est au milieu de cette confusion et de ce désordre qu'un vote, sanctionné par le procès-verbal de la séance, ordonne « la cassation du Comité des Douze ».
Vote de surprise, vote illégal, vote que nie, le lendemain, Lanjuinais, avec une fermeté qui brave les brutalités de Legendre ! Et sur sa motion, appuyée par Guadet, en dépit de l'appel nominal que réclame la Montagne et qu'accepte la Gironde, la Convention rapporte le décret de cassation.
Mais, c'est, hélas ! une victoire à la Pyrrhus. La majorité n'est plus que de quarante et quelques voix. Combien de défections et en si peu de temps ! La Gironde n'en a cure ;