‹ Le Père Duchesne. Hébert et la commune de ParisChapitre 93 sur 165 · Feuille de P*rù, n · texte numérisé non relu

Feuille de P*rù, n

J. Noies el pièces justificatives.

— Canonnière, à vos pièces ! vociféra Hanriot.

Et la Convention dut rétrograder de la cour du Carrousel dans le jardin, où les troupes l'accueillirent par les cris les plus divers. Là, malgré que des groupes armés, espacés le long du quai, invitaient par signes les députés à les rejoindre, ceux-ci trouvèrent toutes les issues encore fermées. Mais Marat, qui était resté avec ses fidèles dans la salle, apparut soudain, escorté d'une horde de bandits; et l'homme qui, depuis trois jours, lançait la Commune contre h Gironde, paracheva son œuvre en criant à cette Convention errante et déshonorée:

— Que les députés fidèles retournent à leur poste. Et l'Assemblée obéit.

VA mi du Peuple et le Père Duchesne étaient les vainqueurs de la journée.

Couthon,qui avait essayé de faire prendre le change, même à ses coreligionnaires politiques, sur la bonté, la générosité et la mansuétude populaires, s'attira une sanglante réplique de Vergniaud. Et l'œuvre de proscription commença. La liste, élaborée la veille, fut reprise ; et Marat, comme la veille, la discuta, éliminant ou ajoutant, à la façon d'un despote. Enfin, après un instant d'incertitude que suivit la fatale abstention du centre, le décret suivant fut adopté :

« La Convention nationale décrète que les députés ci-après nommés seront mis en état d'arrestation chez eux, où ils resteront sous la sauvegarde du peuple français, de la Convention nationale et de la loyauté des citoyens de Paris.

« Ces députés sont :

« Gensonné, Guadet, Brissot, Gorsas, Petion, Vergniaud, Salles, Barbaroux, Chambon, Buzot, Biroteau, Lidon, Rabaut- Saint-Étienne, Lasource, Lanjuinais, Grangeneuve, Lehardy, Lesage, Louvet, Valazé, Kervélégan, Gordien, Boileau, Bertrand, Vigée, Mollevault, Gomaire, Bergoing, Henri Larivière.

« Seront également mis en état d'arrestation chez eux, les citoyens Clavière, ministre des contributions publiques et Lebrun, ministre des affaires étrangères. »

— « Nous nous séparâmes, l'ame navrée », dit Levasseur

dans ses Mémoires. Tartufe n'eût pas mieux parlé. Et cependant le départ des Conventionnels dut encore subir un certain retard. L'huissier qui les fit attendre avait envoyé chercher à la Commune, écrit Meillan, «Tordre de lever la consigne ».

Il existe un aveu, encore plus humiliant, de ce triomphe de la municipalité parisienne sur la Convention. Le Comité de Salut public en dévorait avec peine l'affront. Bréard, rongé de goutte, s'était péniblement traîné jusqu'aux Tuileries pour flétrir la scélératesse de la Commune. Garât voulait donner sa démission, sans cependant se faire trop prier pour la retirer. Et Barère répétait avec une inquiétude que justifiait l'école qu'il venait de faire: « Il faudra voir si c'est la Commune de Paris qui représente la République française ou si c'est la Convention. »

Le Conseil général prouva du moins à Barère qu'il n'attendait pas après la Convention pour imprimer à la République la marche qu'il estimait la meilleure. Dans la nuit du 2 au 3 juin, il arrêtait la mise à exécution immédiate des lois jusqu'alors inappliquées : le maximum, la levée et l'armement des recrues, l'impôt forcé et la formation de l'armée révolutionnaire .

Il fit garder à vue les Girondins. < Ils vont à leur tour siffler la linotte», disait avec une joie féroce le Père Duchesne*, Qu'importait aux vaincus ? La foi politique, qui avait jusqu'alors soutenu cette élite de grands esprits et d'élégants païens dans les sphères idéales d'une république athénienne, était subitement tombée, depuis que la Minerve de leur Palladium, M— Roland, était enfermée à l'Abbaye.

t. Le Père Duchés ne, n« 242.

Justification de la Commune auprès de la province. — Un factum héroïque d'Hébert. — Protostation des Girondins libres contre Hébert. — Les alarmes du Pire Dachcsne. — Mouvement socialiste à l'Hôtel de Ville. — L« facteur du Pire Dachesne.

L'ivresse du triomphe dissipée, les révolutionnaires durent comprendre que leur victoire ne serait réelle et complète que s'ils parvenaient à en démontrer la nécessité et la légitimité aux départements. Déjà, le Comité des Onze avait vécu, Hanriot donné sa démission de commandant provisoire et Marat résigné ses fonctions de député jusqu'au jugement des Girondins, comme si, en disparaissant de la scène politique officielle, les facteurs les plus actifs du coup d'État contre la représentation nationale eussent voulu effacer jusqu'aux traces de leur malfaisante influence. Ce fut la Commune qui argua, la première, par la voix d'Hébert, de la correction de sa conduite et de la pureté de ses intentions. Le substitut de Chaume tte n eut-il pas l'audace, après « avoir déclaré mauvais citoyen tout homme qui proposerait de verser du sang >, de faire voter une adresse, où il désavouait les projets de dictature imputés aux autorités de Paris, et pour laquelle il réclamait l'appui des quarantehuit sections 1 ? Manœuvre perfide contre la droite de la Convention et surtout contre le Comité de Salut public, à qui le Père Duchesne devait décocher, dans un avenir prochain, ses flèches empoisonnées l Aussi, pour détruire le levain de dis-

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