‹ Le pere Gaillard opera comique, en trois actesChapitre 16 sur 71 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

du roi, on lui avait confié un grand nombre de pièces importantes. Le ministre a dû faire apposer les scellés sur tous les papiers. Puis monsieur de Colbert est mort. Enfin, nous voici arrivés à l’ouverture du testament.

HORSON.

Notre cousin aura fait quelques legs particuliers... Sans doute des livres à des confrères de l’Académie... peu m’importe, je ne lis pas !

CORB1N.

Mais j’y songe, s’il vous avait eiclu du partage, cousin? Vous n’étiez pas bien ensemble? {A part.) Diable! ma créance!

C’était moi qui avais à me plaindre de lui, et si, au lieu d’ètre de plume, il eût été d’épée, par la corbleu ! il y a longtemps que sa succession serait ouverte.

CORB1N.

C’était donc bien grave ?

Honsov.

Non ., mais l’honneur est si chatouilleux 1... Vous ne comprenez pas ça, vous ôtes procureur. Voici le fait : Au sortir do page et au moment de prendre parti dans l’armée du roi, j’avais jeté les yeux sur mademoiselle Sapience de Pontgirard, ici présente tout à l’heure, pour en faire mon épouse. Nos familles, toutes deux des meilleures d’Argentan, furent bientôt d’accord, et j’entrai en campagne. Elle fut terrible, monsieur! J’y fis merveille; mais couvert de gloire et de blessures, je fus fait prisonnier, et je restai en Allemagne jusqu’à la trêve, c’est-à-dire trois années... Enfin, je revins près de ma fiancée, toujours le même, sauf un œil et un bras de moins, et rendu impatient, comme bien vous pensez, par de si longs retards, je me hâtai d’épouser mademoiselle de Pontgirard.

CORBIN

Jusqu’ici, je ne vois pas en quoi notre parent...

HORSON.

J’étais comme vous, je ne voyais rien... mais bientôt j’entendis!...

CORBIN

Ah ! ah !

HORSON.

Corbleu! je suis inflexible sur l’article !... mais peut-on empêcher de jaser, sur le prochain, des langues de Normandie ?

GORBIN.

Ah! elles jasaient les langues!... Et que disaient-elles?

HORSON.

Des choses absurdes!... Il paraît que, pendant mon absence, l’historiographe était venu passer quelque temps h Argentan, notre commune patrie, il avait vu mademoiselle de Pontgirard, et, lui trouvant des dispositions, il s’était occupé de son éducation historique.

CORB1N.

Eh! eh 1 il était galant l’académicien l

HORSON.

C’est cela ! Sa répétai ion compromit celle de ma candide fiancée, qui, ainsi qu’elle me l’a juré, n’eut avec lui que des relalions... historiques J’ai même vu leur correspondance, elle roule entièrement sur quelques points d’histoire, obscurs et peu connus. Deux particulièrement : La promesse de mariage du feu roi Henri IV à mademoiselle de Verneuil et la naissance secrète de monsieur le comte de Moret... Mais tout le monde ne pouvait pas, ainsi que moi, approfondir les choses, et je fus assourdi de propos On avait vu des lettres où il était question de promesse de mariage — mademoiselle de Verneuil 1 On avait entendu parler de naissance secrète — monsieur deMoret! Cependant, vous le comprenez, cela ne laissait pas d’être fort désagréable!... Je rompis toute relation avec l’historiographe. Je vendis mon bien de Normandie et j’achetai une lieutenance de roi en Flandre, pour laquelle vous m’avez prêté cette somme de dix mille livres.

CORBIN

Exigible depuis longtemps !

Sans doute. Mais enfin voici l’héritage!... ceci étant un bien de famille, je puis l’accepter sans scrupule. Un don personnel, corbleu! je l’aurais refusé.

corbin, avec malice.

Mais votre femme est peut-être portée particulièrement au testament?

HORSON.

Que le ciel l’en préserve!... Si l’historiographe m’avait fait un pareil affront, j’irais lui en demander raison jusqu’en enfer.

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