ACTE I
HORSOff.
Ah çà, mon maître, vous paraissez avoir beaucoup connu notre célèbre parent ?
Oh!... oui... je l'ai connu... à fond!... et lui, il connaissait ma cave... aussi à fond!
COMIH.
Vous étiez donc bien ensemble?
Bien!... certainement, très-bien, au mieux, je m’en vante.
HORSON.
Vraiment?... parbleu ! je suis curieux de savoir comment une pareille Liaison a pu s’établir entro cet érudit et un cabarelier.
gaillard..
Dame! tout naturellement, et comme cela doit se faire entre celui qui vend le vin et celui qui le boit, quand l’un est content de l’autre. Je venais do m’établir.. . il y a environ seize ans... et, pour compléter mon ménage , de prendre une petite femme, qui n’est pas capable de faire fuir les chalands.... Vousm’eri direz votre avis tout è l'heure. Les futailles étaient en cave, prêtes à couler, le cabarelier étart à la boutique, prêt à servir la pratique, et la bourgeoise aû co mptoir, prête à lui rendre la monnaie de sa pièce... maisles futailles ne coulaientpoint... le cabaretier se croisait les bras, et la bourgeoise ne rendait rien... faute de recevoir!... ça n’était pas gai!... mais, bah! Je ne perdais pas courage, parce que j’ai toujours en confiance au bon Dieu, qui n’abandonne pas les braves ^ens. Enfin, un beau jour... jour béni ! tombe ch°z moi un bo uhomme assez mal vêtu, au ton brusque et bourru ; mais à la physionomie vive, au regard perçant, au sourire malin ... 11 s'attable, demande du vin et m’invite à lui faire compagnie... Pas t imide, je lui tiens tête. Il jase, je réponds. 11 m’attaque, je rispostt ! et, me laissant aller è ma gatté naturelle, je le mets si bien «în train, qu’après avoir bu, causé, ri et chanté pendant toute la soirée, il me saute au cou, m’embrasse, et ne s’éloigne qu’ep me promettant une seconde et prochaine visite. .. \
horson. 1
Eh bien, cet original?...
C’était votre cousin Mézeray ; il tint parole, il retan t et toujours plus enchanté de mon vin et de ma bonne humieur, trouvant franchise partout... ce qu’il n’avait pas l'habitude pe rencontrer à Paris et à la cour où le frélaté a plus de débit que le naturel; il passa des jours, des semaines, des mois dans notre maison. Ma
LE rÈRE GAILLARD.
gaieté, disait-il, réjouissaitsa science... sa science éclairait mon esprit... petit échange, où, par parenthèse, tout le profit était de mon côte... Enfin, il se plut tant et si bien avec nous, qu’il ne nousquittait presque plus. (S'attendrissant.) Vau vre cher homme! j’aime bien ma femme... oh ! oui !... jecroi-s qu’il l'aimait encore davantage... Quand nousvintmafille, il voulut être son parrain... que vous dirai-je ? c’était notre frère, notre ami, notre père... c’était tout pour nous ! aussi nous l’avons bien pleuré..» et nous le regretterons toujours. [Il essv.ie une larme.)
COflBIN.
Oui, oui, en effet, je me rappelle avoir entendu parler de cette tendre amitié, que personne n<a pouvait expliquer. [Francine entre avec madame Horson.)