SCENE III
GAILLARD, puis JACQUES.
Ah! le mal n’engendre que le mal!... voilà toute une maison bouleversée, toute une famille désolée, parce qu’une femme a manqué à son devoir... Oh! coquettes, vaniteuses, pensez donc, avant de sourire à ces fadeurs qui vous enchantent, avant de céder à ces propos qui vous séduisent, pensez donc aux pauvres cœurs que vous déchirez !
Jacques, parlant du dehors.
Oui, madame Gaillard, j’vas vous l’apporter votre livre d’heures... Ah ! tiens, v’ià l’bourgeois tout seul, faut que je profite do l’occasion pour lui demander... Bourgeois, vous ne savez pas... Je suis changé ! entièrement changél... [Gaillard le regarde sans répondre.) Et je viens vous demander ce que vous m’avez promis.
Qu’est-ce qu’il veut dire, celui-là ?
JACQUES
Ce que vous m’avez promis, vous savez bien?,., quoique chose de gai, de vif, de joyeux, comme moi et comme vous.
Voyons, explique-toi.
JACQUES
Comment! vous ne vous rappelez pas m’avoir dit que, si je me mariais, vous vous chargiez de ma chanson de noce ?
Et c’est cela qui t’amène ?
JACQUES
Oui.
Tu prends bien ton temps.
JACQUES
Dame! je n’ai pas pu plus tôt, parce qu’il a fallu faire la demande aux parents, 'et puis voirie curé pour publier les bans... et puis... tout est fait.
Et lu te maries ?
Jacques.
Oui, d’après votre conseil.
gaillard, à part.
Joli conseil que je lui ai donné là.
JACQUES
Ma foi l vous m’avez décidé, et, s’il faut être franc, quoique
vous parliez bien, je me suis senti touché par votre exemple, bien plus encore que par vos paroles.
Ah ! oui, mon exemple !
JACQUES
Je vous ai vu si content que votre bonheur m’a fait venir l’eau à la bouche... il m’a pris un appétit de mariage... à dévorer Marotte! C'est si gentil d’avoir une bonne petite femme... à soi... de beaux enlants, à soi !... Je grille d’être comme vous!
Imbécile !
JACQUES
Hein !
Eh bien, oui, marie-toi, mon garçon, oui, tu seras comme moi.
JACQUES
Je l’espère bien.
Tu auras une femme, des enfants...
JACQUES
A moi!
Que tu aimeras de toute les forces de ton âme.
JACQUES
Sans doute.
Fier de ta famille, tu nageras dans la joie et le contentement. Jacques, se frottant les mains.
C’est ça...
Et puis, un beau jour... (les larmes le suffoquent.) tout s’écroulera! Tu te trouveras seul, au milieu des ruines de ton bonheur.
JACQUES
Ah çà, est-ce pour rire, que vous me dites ça en pleurant? gaillard, se remettant.
Non, non... je ne pleure pas !... C’est la satisfaction. (A part.) Que vais-je faire ?... gâter sa joie !. . je suis malheureux, moi... est- ce une raison pour qu’il le soit... et encore est-il bien sûr... Jacques, se grattant l’oreille.
Par ainsi, monsieur Gaillard, votre avis serait donc...