‹ Le père Gigogne, contes pour les enfantsChapitre 25 sur 44 · II · texte numérisé non relu

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rien ; car, quelque choix que vous lassiez, vous devez mus apereeroir que plus les cmfs tirent à leur fin, plus vous changez lentement, et il y â des cas oh il pourrait être insupportatde de prendre peu à peu la forme d'une créatore singulière.

— Vous avez raison, dit Pierre, et j'ai, en effet, trouvé mes métamorphoses, soit pour me transformer, soit pour redevenir moi-même, plus lentes à chaque fois; seulement je pensais que ce serait joli et léger d'être papillon. Il n'y a pas de fatigae à voltiger au-dessus des fiâmes. Us ont un charmant logis, puisque d'habitude c'est le calice d'une rose ou la corolle d'un lis. Voyons, que pensez-vous d'un beau papillon? je me tiendrais dans mon jardin et je l'embellirais de ma propre présence.

— Ma foi, répendit l'oie, qui commençait à craindre la responsabilité qu'elle prenait en donnant un conseil, je suis d'avis, mon cher Pierre, que vous agissiez d'après vos propres inspirations ; quant à moi, je

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désire autant que possible 3Eié plus me môler désormais de ces sortes d'affaires.

Mais, quand Pierre avait une chose dans la tête, il fallait qu'il s'en passât la fantaisie : il prit donc Tavant-dernier œuf et le cassa sans hésiter souhaitant de devenir un superbe papillon*

Pierre était assis sur un escabeau boiteux, a/vec la vieille oie en bce du lui.

— < Ahl dit la vieille oie, voici vos cornes qui poussent, voici vos pattiti q[ui poussent, voici vos ailes qui poussent: elles aoQt vraiment splendides.

Mais Pierre faisait d'effroyables grimaaes*

— Est-ce que vous sout&eas? demanda la vieille oie.

<*- Je me sens très-mal à mon aise, répondit Pierre. Aïe! comme cela me fait mal à la poitrine! Oh! la, la, mon dos! est-ce que je deviendrais bossu? Oh! mes bras, oh! mes jambieis, ohl mon...

Pierre s'arrêta là sans que la vieille oie pût savoir ce qu'il allait diire, car sa tâte étant devenue celle

d'un papillon, Pierre éprouva une grande fatigue à parler.

La métamorphose, au reste^ fut bientôt complélement achevée ; tout son corps se couvrit de duvet. Il était devenu 'ce magnifique papillon bleu, jaune et noir que Ton appelle le porte-queue.

Gomme la fenêtre était ouverte, il s'envola par la fenêtre, voltigea un iustant au soleil, passa par-dessus ie toit et se trouva dans le jardin.

L'oie, qui lui avait entendu dire que c'était là qu'il comptait demeurer, l'y attendait.

EHe l'y trouva donc, et quoiqu'elle fût loin d'être une fleur, il vint voltiger autour d'elle.

— Voilà qui est charmant, disait le papillon; . quelle adorable existence, se laisser flotter dans l'air, boire la rosée, vivre de miel et de parfums. Je ne suis plus un homme, je ne suis plus même un papillon, je suis un dieu !

— n y a cependant une chose qu'il faut vous rap-

peler, lui dit Toie ; certainement votre vie sera gaie et agréable, mais elle sera courte, car les papillons, à ce que j'ai entendu dire, sont rangés par les hommes au rang des créatures éphémères, ce qui vous donne un jour de vie, vingt-quatre heures peut-être. Il est vrai que le bonheur ne se mesure pas k la durée, et que Ton peut être plus heureux en douze heures que pendant toute une longue vie.

— Peste! s'écria Pierre, vous m'y faites songer. Moi aussi, corbleul j'ai entendu dire cela; imbécile que je suis, si j'avais encore mes poings, je me cognerais la tête. M'ôtre donné l'embarras d'un changement qui durera si peu, et peut-être encore, par le temps que j'ai mis à prendre cette charmante forme, aurai-je celui de mourir avant de la quitter !

— En ce cas, Pierre, dit l'oie, il n'y a pas une minute à perdre ; mon ami, souhaitez de redevenir vous-même : alerte! alerte! il me semble que vous faiblissez 1

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Ea effet, la peur avait paralysé Pierre, et il était tombé sur le gazon*

— Je veux redevenir moi l je Teux redevenir moi î s'écriait Pierre.

Mais, comme nous l'avons dit, les métamorfdioses devenaient de plus leotes en plus lentes; plusieurs heures s'écoulèrent avant qu'il pM se débarrasser de soïi cosluine de papillon, et k soleil cfomausaçait à disparaître lorsque Pierre rentra dans sa maison accompagné de roie«

Pierre était tellement brisé, qull se coucha et s'endormit aussitôt.

. Le lendemaio, lorsqu'il se leva, il se rappela 4jpi'il ne lui restait pbis qu'un 09U^ aussi éprouvaiiriLune gnmde répugnance à employer cehii^là légèreinent.

Ce dernier œuf, c'était toute la fortune de Pierre.

Aussi alla-Ml s^asseoir sur un banc, à la poi^ de * la ferme, et se mit-il à méditer sérieusement.

L'oie l'avait suivi sans qu'il y fît attention.

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Tout à coup Pierre tpe9saiilit en entendant sa voix.

— A quoi peneez^YOus, Pierre? lui demanda Toie.

— Je pense h quel souhait je dots é^UîyeT mon derniw oeuf, répondit eelui-ei.

— Oh! ne vovà t^ourmentèz pas de cela, mon pauvre Pierre, répondit l*oîe; vous casserez votre dernier œuf sans s«vàir, d*av)ar>èe ce que vous At^ viendrez. Vous n'y pouvez rien, et votre volonté à maintenant perdu toute son influence. Seulement vou^ pouvez renoncer à le caséer, et par conséquent renoncer au bénéfice ou à la perte de la chose inconnue. Quant à] moi, ne me demandez pas de conseils; j'aurais trop peur dinflnencer votre dëcicision, et que, cassant Tceuf sur mon avis, il ne vous arrivât malheur.

-— En tous cas, demanda Pierre, eb supposant que je sois mécontent de ma transformation, pourrais^je redevenir moi-môme?

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