‹ Le père Gigogne, contes pour les enfantsChapitre 28 sur 44 · LE PÈRK GI«OGN · texte numérisé non relu

LE PÈRK GI«OGN

— Dans le mien aussi l'en a essayé de se coucher. Mais le septième, regardant Blanche de Neige qm

dormait, appela les autres.

Les sept nains restèrent saisis d'admiration en voyant la jeune fille, qu'éclairaient leurs sept lumières.

— Oh ! mon Dieu ! s'écrièrent41s ea chœur, 4}ue cette enfant est donc belle !

Et ils en étaient si réjouis, qu'au lieu de l'éveiller, ils la laissèrent coi^chée dans le lit.

Celui dont Blaqche de JNeige avait {^ris le lit coucha à terre sur unç jonchée de fougères sèches.

Le lendemain, fuand vint le jour. Blanche de Neige s'éveilla, et fut fort effrayée en voyant les sfipt naiùs grouiller dans la maisonnette. ^

Ceux-ci s'approchèrent d'elle et lui demandèrent ^

— Comment t'appelles-tu?

— Je m'appelle Blanche de Neige, répondit la jeune fille.

BUSCU OB MEME 2ii

— Comisent es-ta venue dans notre maison? lui demandèrent encore les nains.

Alors elle leur raconta que sa belle-mère avait voulu ia faire mourir, mais que, le chasseur lui ayant, sur âa prière, laissé la vie, elle avait trouvé la maisonnette, y était entrée, et, ayant faim et étant fatiguée, y avait soupe, s'était abouchée et s'était ^idormie.

Les sept nains lui direiil i

^- Si tu veux faire notre ménage, notre cuisine et nos lits, laver, coudre, tricoter, enfin tenir la maison prqpre et nette, akos ta potura^i Tester avec nous, «et Tum ne te maBçuera.

•— Trè»-volontier£s dit Blanche de Neige.

£t, dmte allé de rot et de reine qu'elle était, cHe resta chez les sept nains, M leur ménage et ttixt tout ea ordre*

Le maÉin, tesnaôiis pâ:rtaiè]it pour la .montagne, oà lis cherchaient leur minerai d'or, d'argent et de cuivre.

Le soir, ils reveaaient et trouvaient leur repas servi.

Tout le long du jour, la jeune fille restait donc seule, et il y avait peu de matins où les nains, qui l'aimaient comme leur enfant, ne lui dissent en la quittant :

— Ne laisse entrer personne, Blanche de Neige ; défie-toi de ta belle-mère; un jour ou l'autre, elle apprendra que tu es vivante et te poursuivra jusqu'ici.

Et, en effet, la reine, croyant être débarrassée de Blanche de Neige, était restée deux ans, à peu près, sans consulter son miroir. Et, pendant ces deux ans, l'enfant, devenant jeune fille et embellissant chaque jour, était restée bien tranquille et, disons plus, bien heureuse chez les nains.

Mais enfin, un jour la reine fut prise d'une vague inquiétude, se plaça devant son miroir et dit:

— Petit miroir pendu au mur, quelle est la plus belle de tout le pays?

Et le miroir répondit :

— Belle reine, tu es la plus belle dans toutes les villes de ton royaume ; mais Blanch^ de Neige, dans la montagne, chez les sept nains, e^t mille fois plus belle que toi.

La reine fut efTrayée ; elle savait que le miroir ne pouvait mentir; elle vit donc bien que le passeur l'avait trompée, dès que Blanche de Neige était vivante. ^

Alors elle se mit à songer comment elle parviendrait àfaire mourir Blanche de Neige ; car sa jalousie, elle le sentait bien, ne lui laisserait aucun repos tant qu'elle ne serait pas la plus belle du pays.

Elle imagina donc de se grimer la figure et de se déguiser en vieille marchande foraine.

Ainsi grimée et déguisée, elle était méconnaissable.

2ti Lfi P£RB GIGOGNE

Elle partit pour la montagne, des sept nains^ arriva à la maisonnette et frappa à la porte en disant :

— Belle marchandise à vendre.,, età bon marché I Blanche de Neige, qui, ainsi que d'habitude» avait

femié la porte en dedans, regarda par la fenêtre et dU:

— Bonjour, bonne femme ! Qu*avez-voiis à vendre?

— De bonnes marchandises, ma belle enfant, répondit^e; de jolis lacets pour les brodequins, de jolies ceintures pour la faille^ de jolis velours pour les colliers.

— Ah ! pensa Blanche de Neige, je puis bien faire entrer cette honnête marchande.

Et elle ôta le verrou de la porte.

La vieille entra^ lui montra sa marchandise, et Planche de Neige lui acheta un beau petit Tdours noir pour mettre en collier.

— Ah ! mon enfant, dit la vieille, que tous êtes belle ! mais vous serez bien plus belle encore avec ce

collier. Laissez-moi donc vous le nouer derrière le

cou, que j'aie le plaisir de voir comme il jpons va

bien.

Blamshe de Nei^é, ne se dl^fiant de rien, s§ mit

devant elle pour qu'elle lui passât au cou le ruban.

Mais Ja vieille le lui serra si fort, que Blanche de

Neige , sans avoir le temps de pousser un cri , en

perdit la respiration et tomba comme morte.

La reine la crut morte tout à fait.

— Ah ! dit-elle, tu as été la plus belle, mais tu ne Tes plus.

El elle sorti! vivement.

Vers le s^ht, les sept nains revinrent au logis^ et furent fort effrayés en trouvant leur chère Blanche de Neige étendue sur le sol el comme morte.

Ils virent bien tout d'abord que c'était le velours noir qui l'étranglait : ils le coupèrent; et: Blanche de Neige, commençant à respirer, revintè eUe peu à peu.

Les sept nains lui dirent alors ;

— La vieille marchande foraine n'est autre que la

reine ta belle-mère. Prends donc bien garde à toi,

maintenant que te voilà avertie, et ne laisse entrer

personne dans la maison quand nous n'y serons

pas.

La méchante reine, rentrée chez elle, demeura

quelques jours tranquille, car elle se regardait, maintenant qu'elle croyait Blanche de Neige morte, comme la plus belle du pays.

Cependant, un beau matin, elle alla en minaudant à son mi!*oir, et lui dit, plutôt par habitude que par doute :

— Petit miroir pendu au mur, quelle est la plus belle de tout le pays?

Et le miroir lui répondit :

— Belle reine, tu es la plus belle dans toutes les villes de ton royaume ; mais Blanche de Neige, dans la montagne, chez les sept nains, est dix mille fois plus belle que toi.

En entendant cela, la reine jeta un cri de rage, et tout son sang reflua vers son cœur.

Et, en effet, elle était très-effrayée, car elle voyait bien que Blanche de Neige était encore en vie.

— Ah! maintenant, dit-elle, je veux imaginer quelque chose qui anéantisse à tout jamais ma rivale

en beauté.

Et, comme elle connaissait la magie, elle fit un peigne empoisonné.

Alors elle se déguisa de nouveau, revêtit Taspect d'une autre vieille femme, quitta la ville, gagna la montagne, arriva à la maisonnette et frappa à la porte en criant :

— Belle marchandise à vendre, et pas cher I

Page 1