‹ Le père Gigogne, contes pour les enfantsChapitre 38 sur 44 · II · texte numérisé non relu

II

Op, un jour, il était près du Danube, rêvant au moyen de gagner quelque arguent pour retourner près de sa mère, et salivant machinal ement des yeux un jeune homme qui s'amusait à nager.

Le père, lui aussi, était sur le bord «t admirait la force et l'adre&se de son fils.

• ' Tout à coup, le nageur se mit à crier au secours ; il venait d'être pris d'une crampe et se noyait.

Le père se jeta à Teau; mais, au lieu de sauver son fils, il Tenf rainait au fond, ne sachant pas nager luimême.

Frantz, au contraire, -^ c'était le nom du fils de la bonne femme, — était un excellent nageur, s'étant dès son enfance exercé dans le Rhin.

Un instant après, le père et le fils étaient sauvés.

Le IcndeaiaMi, Frantz peçat douée «aille lisancs d'une main inconnues. Bon pnnier mouvement fut de les rendre, ne trew^asit pas qu'il eût permettre qu'on lui payât une bonne action.

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Mais le père et le fils avaient cjuitté le pays ; c'étaient deux voyageurs qui«passaîent, et nul ne savait d'où ils venaient ni où ils étaient allés.

Alors Frantz ne s'était plus fait scrupule, et, ricbe de ses douze mille francs, plus riche encore de son repentir, il était revenu chez sa mère.

La mère et le fils causèrent encore longtemps près du feu; car ils avaient tant 4e choses à se dire, qu'ils ne songeaient point au sommeil .

Il n'en était pas ainsi de Lia. A peine le jeune homme avait-il achevé son récit , qu'elle s'en^ dormit.

Alors elle fit le même pôve qu'elle avait déjà fait; elle vit le même jardin, les mômes fleurs, les mômes papillons, les mômes anges.

Seulement, cette fois, l'ange des larmes lui fit signe de venir à luL

Elle y alla.

n lui tendit alors une perle.

— Tiens, lui dit-il, voici la perle précieuse dont je t'avais parlé; elle est composée de deux larmes: larme d'amour materçel, larme de repentir filial. Mets celte perle sur le cœur de ton pjère, et ton père pourra pleurer, et ton père sera guéri.

L'enfant éprouva une telle joie, qu'elle se réveilla.

Le rôve disparut.

Lia cmt que c'était un rôve vain comme tous les rêves, et elle attendit tristement le jour.

Le jour vint; le soleil, en se levant, avait dissipé le brouillard.

Lia voulut quitter la cabane à l'instant même.

— Non, dit la bonne femme; il faut, mon enfant, que vous acceptiez à déjeuner; nous pouvons vous le donner maintenant, et nous vous le donnons volontiers, car nous ne sommes plus si pauvres à présent. Le déjeuner fini, Frantz vous remettra sur votre chemin.

Pendant que Lia déjeunait, la vieille arrangea pour

L'nOMME SANS LAPMES Î8l

son fils, qui n'avait point dormi, le lit que Lia avait occupé.

En réarrangeant, elle trouva une perle.

— Tenez, mon enfant, dit-elle, voilà ce que vous avez perdu; c'est bien heureux que j'aie trouvé cette perle, qui me paraît être d'un grand prix.

— Ah ! s'écria Lîaj c'est la perle de l'ange ! Et, tombant à genoux, elle remercia Dieu.

Sa prière faite, elle insista* pour partir à l'instant même. Frantz la remit dans son chemin, comme la vieille le lui avait promis, et, le lendemain, elle arriva à la maison paternelle.

La vieille femme de charge, qui avait été la nourrice de son père, vint à sa rencontre tout en larmes.

— Oh ! mon Dieu ! s'écria Lia, mon père serait-il mort?

— Non; mais il touche au tombeau. Il vous attendait hier; il a cru, ou que vous aviez été dévorée par

quelque bête féroce, ou que vous étiez tombée dans

un précipice. Sa douleur a été immense^ et, comme il ne peut pleurer, il a failli mourir étouffé par ses larmes.

— Où est-iJ? demanda Lia.

— Dans sa chambre, répondit la vieille femme de charge. Dieu veuille que vous arriviez à temps pour recevoir sa suprême bénédiction et son dernier baiser I

Lia était déjà dans les escaliers. Elle ouvrit la cbam bre de son père en criant :

— Mon père, me voilà !

Le mourant fit un effort, et tendit les bras à son .^oDuit, en balbutiant :

— Pardonnez-moi, mon Dieu, je meurs!

Mais en môme temps quil prononçait ces paroles, Lia posait la perle sur le cœur de son père.

Il jeta un grand cri, et un doubla torrent de pleurs s'élança de ses yeux.

Puis, avec un accent d'ineffable joie :

l'homme sans larmes 283

— Quel bienfait que les larmes! s'écria- t-il. Dieu en soit remercié, et toi aussi, mon enfant !

Et il vécut encore de longues années, versant désormais des larmes dans la peine comme dans la joie.,

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