‹ Le père Gigogne, contes pour les enfantsChapitre 39 sur 44 · TINY LA. VANITEUSE · texte numérisé non relu

TINY LA. VANITEUSE

Tiny était la plus petite créature qu'il fût possible de voir; c'est pourquoi elle avait été nommée Tiny, ce qni signifie, en réalité, le superlatif de la petitesse. Vous auriez eu grand'peine à introduire votre pouce dans son soulier, et son fourreau était une vraie merveille. En vérité, une poupée de cire, de dimension ordinaire, l'aurait prise en pitié. Sa mère lui tricotait elle-même des bas, car aucun bonnetier n'aurait voulu se charger de confectionner de si petits objets ; vous voyez bien qu'on était parfaitement

en droit de rappeler Tiny, et il en arriva qu'on finit par oublier tout à fait son véritable nom; pour ma part, je ne Tai jamais su. Cette ignorance, d'ailleurs, est sans portée,, puisque mon histoice traitera de son caractère, et n'a rien à démêler aviec son nom, lesquels étaient diamétralement opposés l'un à l'autre, car si son nom était petit, en revanche, sa vanité était immense ; ce défaut, du reste, était la faute de sa mère, qui perdait beaucoup de temps à parer la petite personne de la pauvre Tiny.

Dès qu'elle était habillée, elle se promenait, de long en large, devant les chaumièresles plusproches, afin de provoquer les louanges des voisins, lesquels, par bienveillance, ne manquaient pas de s'écrier : . — Ohl voilà qui est vraiment beau! quels superbes yeux! quels ravissants cheveux! elle est réellement une petite perfection de beauté ! Tiny prenait tout cela pour argent comptant, et sa vanité en augmentait d'une façon alarmante.

TINT LA VANITBUSE 2»T

Non contente de ces compHinents et de beaucoup d'autres, elle slma^na, un beau matin, qu'il falkit qu'elle s'admirât elle-même; et, n'ayant point de miroir à la maison, elle alla se contempler sur la surface «Jaire et limpide d'une source voisine.

Comme elle demeurait cbarmée de l'image qui se réfléchissait dans l'onde, elle tressaillit, en entendant une voix qui lui criait :

-— Bonjour, grande vanité !

Elle leva les yeux, et aperçut, sur l'autre rive, une belle dame avec des ailes éclatantes, accompagnée d'un horrible petit nain; tous deux se riaient et se moquaient d'elle.

— Il n'est pas douteux qm vous vous trouviez parfaîte, reprit la dame, après avoir triomphé de son envie de rire; n'est-ce pas? et peut-être même surprenante par la beauté de vos formes ; mais, petite créature, vous foulez sous votre petit pied des choses bien plus belles et bien plus parfaites que vous;

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si vous continuez toute votre vie à être aussi orgueilleuse de vous-même, vous ne serez jamais heureuse, et vous servirez de plastron à tout le monde. Je veux pourtant essayer de vous donner une leçon, qui pourra avoir .une influence matérielle qui vous corrigera : je vais vous offrir une paire d'ailes, qui vous aideront à rechercher la vérité. Elles ne dureront que quelques heures, mais, par leur moyen, vous serez à même de juger combien Tamour-propre est malséant, en le voyant chez les autres.

. Tiny tressaillit, car elle sentit des ailes lui pousser aux épaules 6t l'enlever de terre. Quoique assez effrayée d'abord de leur vitesse , elle commença bientôt à jouir de la nouvelle et agréable sensation de se trouver transportée dans les airs; elle ferma ses aiics, et descendit au milieu d'une touffe superbe de fleurs sauvages, tout auprès d'un gros hibou qui, probablement, s'était égaré au grand jour.

— Qui êtes-vous? dit-il d'une voix enrouée, en es^

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sayant de la distingaer, malgré le soleil qui l'aveuglait.

— S*ii vous plaît, monsieur, répondit-elle, je suis une petite ûlle.

— Oh ciel! quoi! seulement une petite fille? dit-il ;

je pensais que vous étiez un oiseau. Cependant vous avez des ailes?

— Oui, monsieur, j'ai des ailes, dit-elle humblement, en découvrant combien le hibou faisait peu de cas d'une petite fille ; une bonne fée me les a données, afin que je puisse voir le monde.

— Ah! ah! ah! fit en riant le hibou ; voirie monde! en vérité, à quoi cela sert-il? Voyez-moi, je passe ma vie presque tout entière dans le creux d'un arbre, et pourtant je suis le plus sage des oiseaux.

— 9erait-il vrai, monsieur? demanda avidement Tiny ; alors, peut-être voudrez-vous consentir à me communiquer votre science ?

— Bon I dit le hibou en fermant les yeux, comme n. 47

MO UE ViftE ««GOGNE

«'il voulait dhereher )sa ^sagesise en deftaM ée sa^lile. Je ne sais pas trop, je n'ai pas grande envie dft de^nir maUne ^^êoote ; tovitefois, je puis faoslement ^lous dire une chose que je sais, c'est-à-dire que je siris sûr d'être fort sage, car tout le moade en .coôvient; et je le crois, puisque les gens les plus hahLles me proclament l'emblème de la sagesse ; ainsi donc, demeurez-en convaincue comme les autres, et continuez votre chemin, tandis que je vais faire mes efforts pour retrouver mon trou.

A ces mots, prenant l'air plus capable que jamais, il se mit à pouffer de rire de sa propre plaisanterie.

— Quelle vieille béte stupide et vaniteuse! tlit Tiiiy pendant que le hibou s'éloignait en sautillant ; je n'ai rien appris de bon avec IuL

CoDiume elle voltigeait dans un bois w)isin« -elle fut Irës-surprise d'apercevoir un luaguroo gîgaaiteaqatt, qui faisait de fort grands sauts à l'aide de sofi queue. Elle le suivit aUeotivâixieat des yeux.

Toti!t à coup, JVAB grande cigogne *te»e «opfcit d^H coin humide Tcm^JK de rosiesmx, «t «'approcha 'du

kanguroo.

— Oh! ohlTOUS^vdilà »d6wc, «lonsienr lé saiïtcur,

dît la cigogne. Queîte énorme queue votis avez! pourquoi ne la poi*lez-Tous pascoqueltement, au lieu de vous en servir comme d'utïe jarrribe'? Au'fait, est-ceque ces misérafetes petites cfhwses que je vois là, sont vos pattes de devant? je veux parier de ^ces deux petHs bouts qui pendent par^evant.

— Ira pudetft oiseau! répftqua le (kanguroo d'un ton de mépris, aurîez-TOus la prétentiion de critiquer la

perfecftion et la beauté de mes formes, supérieures de toutes façons à celles de tous les atftres animaux ? ma queue magnifique, qui, à elle seule, est une merveille ; mes charmantes petites pattes de devant, si admirablement adaptées pour Tusage qu^elles me font? Retourne, ô le plus sot des Diseaux, dans le marais où tu seras le mieux caché, et dérohe à tous les

yeux ces longues perches que tu appelles des pattes, et qui, en t'élevant dans le monde d'une manière ridicule, mettent davantage ta laideur en évidence. Si tu trouves assez d'eau dans les alentours, va contempler tes membres maigres et disproportionnés, et rougis, si tu peux, au travers de tes plumes, en reconnaissant la différence incommensurable qui existe entre toi et une créature aussi parfaite que moi. Et, sans attendre la réponse de la cigogne, il poussa un cri sauvage, et d'un bond s'élança dans le bois.

— Bien, dit Tiny, quand la cigogne se fut envolée à son tour; voilà qui va bien des deux côtés. Us sont également clairvoyants pour exalter leurs propres avantages et pour se mépriser l'un l'autre.

Tiny s'envola et se posa près du tronc d'un grand arbre aux branches étendues, sur une desquelles était perché un superbe écureuil du Malabar, qui se chauffait au soleil en croquant des noix.

— - Je serais curieuse de savoir s'il sait parler, pensa

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