‹ Le père Gigogne, contes pour les enfantsChapitre 8 sur 44 · LK PÈRE GIGOGNE · texte numérisé non relu

LK PÈRE GIGOGNE

Sa Majesté, q^e^^four lui. donner^^mèse^ x>&<auait

^ Uen y<Ue dessenré' la semelite i<{if eUe avsait, cruitant rhabitùde, attachée autour de son cou.

— Riez, riez, aYait grommelé tout bas le seigneur Bmiavdino ; rira biân «qui rira le deiaotier.

Et, après cette meiHice, il aiisiit éteint sa perruque et fait semblant de rire idbmme les antres, mais du bout des dents, comme vous pensez bien.

OuelquttS jourB apuès, il y ^eot grand bal à la cottr; le roi, pour im^éresser S6s«u)«ts^ sa querelle contre le «prince Aascm^ a^ttaib invité toutes tes autorités civites et militaires du pays.

Jamais on n%vaityu de plus brillante assemblée. Le it)i et la rei«e avaient revêtu poirr la circonstance leurs grands ^manteaux d'hermine settfé^ d'abeilles d'or, et p(M»taietrt eiK^hàssés . dans kurs couronnes >royai6s deux ^s diamants qui scintillaient comme des étoiles, mais qui étaient si lourds que Leups Majestés, la tête dans les épaules, ne pouvaient broncher.

L4 JEUHESaB DE PKRROT M

Ce fut un spectacle vraimest tteriqpie lors^i^, sous le feu croisé des lustres et ides aa&dôlabres,' l«rs daiiâes>60«QiiieacàreDt;, danses deooiur toui^ éblouis-^ saotes d-or, de fleurs et de diafiMints; danees de Bo-* héme tout étiûcelantes deyerve, de grade et de légè*-

reté.

Pierrot fit des prodiges, et plusieurs ibiis le roi et la reine, n'y pouvant tenir, déposèrent leurs couronnes sur un fauteuil pour l'applaudir tout à Taise.

Ce fut bien autre cfaîose encore, lorsqu'il vint à danser avec Fleur-d'Amandier. Il fallait voir alors, mes chers enfants, comme il y allait de ses deux bras, de ses deux pieds^ de tout son cœur; comme il francbissait d^'une enjambée la grande salle du bal, et revenait ensuite à petits bonds, en sautillant comme un oiseau. Il -fallait voir les- pirouettes qu'il faisait, et comme il taurbillonnait sur lui-môme; son mouvement était si rapide, que tOH(e sa per-

sonne se voilait peu à peu d'une gaze légère, et bientôt se changeait en une vapeur blanche, indistincte, et en apparence immobile. Gen'étaitplus un homme, c'était un nuage; mais i! n'avait qu'à s'arrêter court, le nuage se dissipait, et tout à coup l'homme reparaissait.

Toute l'assemblée prit à ce divertissement le plus grand plaisir, et chaque fois que Pierrot disparaissait ou reparaissait, le roi ne manquait pas de s'écrier d'une voix tour à tour inquiète et joyeuse : — Ah I il n'y est plus ! — Ah I le voilà I

Exalté par le succès, notre héros résolut de couronner toutes ses prouesses par un coup d'éclat, c'est-à-dire par le grand écart ; mais, au plus fort de ses exercices, la fatalité voulut qu'il accrochât de Tune de ses jnmbes la jambe du seigneur Renardino, et patatras, voilà notre grand ministre étendu tout de son long sur le plancher, tandis que sa perruque, lancée à vingt pas de là, vomissait, en tour-

nmi sur son axe, des torrents de poudre à rendre aveugle toute rassemblée.

Le pauvre homme se releva furieux, courut tout droit à sa perruque, qu'il rajusta du mieux qu'il put sur sa tête; puis, saisissant Pierrot par un bouton de son pourpoint :

— Beau masque, lui dit-il d'une voix que la colère faisait siffler entre ses dents, tu me feras raison de cette insulte.

— Comment I c'était donc vous? repartit ironiquement Pierrot.

— Âh ! tu joues la surprise, répliqua Renardino ; voudrais-tu par hasard me faire croire que tu ne l'as pas fait exprès?

— Oh I pour cela non, repartit vivement Pierrot, car je mentirais.

—> insolent I

— Plus bas, Excellence; le roi vous regarde et pourrait s'apercevoir que votre perruque est de travers. ^

ii2 XJS^ BÈRfi 61«dGNE

Pour s'assufier du fait, Bienardinp porta' brusipn^ ment la main à son front.

r^ VoyonSy «prit Pierrot enr reeulazit d'impHsv ne faites paB .tant de poussièi^e; o^&t un duel que tous Youlez, n'eat^o pas?

— Un duel à mort I

*^ Tràs-bien ; il ne &at pas rouler tos yewsi comme TOUS faites pour me dire une cbdse aussi sûmpte. Le rendez-vous ?

'^ Le- rMi&>point ée la Fopôt Verte.

— Charmant I Et l'heure?

•««•''iyemainiiDAtifi^ huit heures»

•^^ J'ytsenMy seigneur Renarditto.

Et, faisant une, pirouette, Pierrot TÎot^se plaeer auprès de' la poite 4^e«trôe, où' se tenait Cœur*d^r. Il y était à pleine que le jeune éeuyer, qui levait vu, non sans dépit, danser avec Fleur-d'Amandier, lui laissa tomber sur le pied le bout ferré de sa hallebarde.

LA IEDN£Sft£ fi£ PIB9R0T 13

— Allons, saute, Pierrdt ! lui dit^â en même tempi^ tout bas, et Pierrût de bondir, en pcm^ëaiit un cri dedeuleur, jusqu'au ptalond.

A ee nouveau tour de forée, les-applacidissemeirts éclatèrent de plus belle.'Leroi et lareine se renver** sèreot en riafit sur leur trôncj et leurs couronnes, perdant réquilîi>re, s^en allèrent rouler «omme devx eerceaux dans la grande salle du bal.

Par bonbeur, les courtisans étaient là; ils covru^ rent après. Lai$sons4es faire, mesebers enftints, e^Sl leur métier.

Après la danse, la musique eut son tour; on efftendit d'abord' de grands airs d^opéra exécutés par les yirtuoses les plus célèbres de la Bohême, ce qui n'empêcha pas que là reine né filt obligée plusieurs fois de pinxîèr le roi qui s^oubliait sur son trône.

Lorsqu'on eut payé le juste tribut d'hommage qui est dû aux grands maîtres, Fleur-d'Araandierseteva éè son siège et' eStanta sansse'fMre prier. A la bonne

heure ! ce fut merveille d'entendre cette voix fraîche et pure, tour à tour voix de fauvette et de rossignol, qui tantôt modulait des sons tristes à faire pleurer, et tantôt éclatait en niille notes joyeuses qui pétillaient dans Tair comme des fusées.

Tout le monde était attendri. La reine sanglotait ; Cœur-d'Or, sa hallebarde à la main, pleurait comme un enfant, et le roi, pour dissimuler son émotion, se moucha si fort, qu'il fallut faire le lendemain des réparations aux voûtes du palais.

Lorsque le silence fut rétabli, le roi dit tout bas à la reine :

-— Je voudrais bien entendre maintenant une petite chansonnette I

— T pensez'vous, sire? une chansonnette I

-— n n'y a que cela qui m'amuse, vous le savez bien.

«<-^ Hais, sire...

— Je veux une chansonnette, entendez-vous ; il me

faut une chansonaette, ou je vais me mettre eu colère.

-— Calmez-Tous, sire, reprit la reine, qui traitait le roi en enfant gâté, et se tournant vers le cercle des dilettantes,

— Messieurs, dit-elle, le roi désire que vous lui chantiez une chansonnette.

Tous les dilettantes se regardèrent stupéfaits, mais aucun d'eux ne bougea.

Le roi commençait à s'impatienter, lorsque Pierrot, écartant la foule, s'avança jusqu'au pied .du trône.

— Sire, dit-il en faisant un profond salut, j'ai composé hier, en votre honneur, une petite chanson : Au clair de la lune; vous plairait-il de Toulr?

— Je veux l'ouïr, en effet, répondit le roi, et incontinent.

A ces mots. Pierrot prit une guitare, et, la tôte penchée sur l'épaule, chanta.

Je ne saurais vous décrire, mes ehers enfants,

16 LB' t»àllfi« GiatHSRfE

renttoixmasfme que eetle «hanson exeita 4liti9' la grande salle du bal» Le roi en trépigna d'aise sur son trôoej ettottte la cour battit des main» en faisant chorus.

Pendant toute la soirée, on ne parla ♦pas #Éirtrc chose que de l'air de Pierrot, et les grands virtuoses de la Bohême s'esquivèrent l'un après l'autre^ pmnr attef conrposer bien TÎte «ur cet air des Tariafiôns magnifiques, quevousnemanqmepeE'pfts d^ppreciâre un jour ouPautre, mes^fiiauvreS'efrfftnts.

A minuit, le rol^t U pelii6de'r6iirépeiit'daB0«leiii« apparteioents et S6 minsat jua Mi;: mafts, tu^ {Muwmt donnir, iiS'Se«bredsàreai^u& deuxj^unieiv^aéaaitfjclt chantèrdol.à) gorge jdépkisée ia Ameutic ^mottanMi jusque bien aya«t>.dfUûBS laauiil..

LA IE8flBS8£ fl» PiMROT 4X

CfiAPlTRE V

Page 1