Lettres inédites à M" Dupanloup, passim
qui rappelle, moins l'aigreur et la colère, celle de Lamennais ; qui rappelle aussi celle de l'abbé Bautain, morl également sans avoir pu réaliser ses espérances, édifier l'œuvre de ses rêves.
C'était vraiment, au point de vue philosophique, une grande idée que celle d'établir la synthèse de la science comparée, idée renouvelée de saint Augustin, de saint Thomas et de Leibniz. « Qui pourrait nier, écrivait Caro, la force que donneraient à une intelligence la réunion et la concentration de toutes les sciences spéciales, résumées en une seule ? Qui ne sait tout ce qu'il peut y avoir d'analogies secrètes ou visibles entre les choses d'ordres très différents? Isoler chaque branche de la science des autres branches et du tronc qui les soutient et de la sève générale qui les vivifie, c'est évidemment réduire les ordres divers de la connaissance à l'appauvrissement et à la mort. Se soustraire systématiquement à l'action fécondante des autres sciences, c'est s'aveugler et se stériliser, c'est aveueler et stériliser la raison. Le P. Gratrv est abondant et vigoureux dans le développement de cette idée K »
Nous verrons plus loin, en étudiant le pliilosophe, s'il ne présumait pas trop de ses forces en projetant de réaliser cette gigantesque synthèse. Ce qui est certain, c'est qu'elle lui apparaissait comme la condition nécessaire de l'apologétique contemporaine et qu'elle était l'objet de sa préoccupation dominante depuis sa jeunesse : « Dieu m'a fait cette grande grâce, écrivait-il en 1863, que je ne puis pas penser à autre chose, et il en sera ainsi, j'espère, jusqu'à ma mort. C'est un très grand bonheur pour moi; car, depuis ce temps, ma vie est une fête intellectuelle et une fête d'espérance, espérance pour l'avenir de l'esprit humain et de la société humaine '. »