Connaissance de Dieu, t. I, p
définition de la théologie? « Tout ce que le père des hommes, sorti des mains de Dieu, et ses premiers enfants ont livré à la mémoire du genre humain, et à la tradition universelle; tout ce que les prophètes et les vrais fds de Dieu, dans tous les temps, ont pu voir et recevoir de Dieu; tout ce que les apôtres du Christ, les martyrs et les Pères ont compris ; tout ce que les méditations des solitaires, qui n'aimèrent que la vérité, ont mystérieusement excité dans l'esprit humain; tout ce que les grands ordres religieux, travaillant en commun, comparant, débattant sans cesse leurs travaux, ont développé et précisé ; tout ce que les conciles généraux, les premières assemblées universelles qu'ait vues le monde, ont défini; tout ce que les erreurs, mises à jour, reconnues et jugées à leurs fruits, dans l'importante histoire des sectes, nous ont ôté d'incertitudes, tout ce que les saints et les saintes, ces sources vives de pure lumière, ont inspiré, sans écrire ni parler; tout cela, mis en un, voilà la théologie cathoUque. C'est la seule science que l'esprit humain ait enfantée d'ensemble. Les grandes œuvres philosophiques sont des œuvres de grandeur isolée; l'œuvre théologique est un mouvement de totalité du vaste cœur et de l'immense esprit humain *. »
S'isoler de ce faisceau de lumières, dont les rayons émanent d'en haut, c'est s'enfermer dans la caverne de Platon et se condamner à ne voir que des ombres ; c'est creuser dans le lac pour atteindre l'image du soleil qui s'y réfléchit, au lieu de lever les yeux vers le firmament pour aller à la source et au foyer; c'est s'exposer au découragement final où aboutissent la plupart des penseurs séparés. Parvenus aux froids sommets de la spéculation rationnelle, se sentant incapables de monter plus haut, les uns s'écrient douloureusement avec Pascal : « Toute la philosophie ne vaut pas une heure de peine. » Dans la force de l'âge ils lui disent adieu et redescendent, à l'exemple de Cousin et de Taine, vers les réaUtés vivantes