‹ Le pere Gratry, 1805-1872Chapitre 138 sur 263 · Essais, p. v. Introd · texte numérisé non relu

Essais, p. v. Introd

thode morale propre à nous élever vers le souverain Bien, comme sur celle du procédé dialectique, en communion non seulement avec la tradition chrétienne, mais encore avec des penseurs de tous les temps. La méthode de la sagesse pratique, le sacrifice, est parallèle à la méthode logique universelle, qui est l'induction. Ce sont les deux ailes de l'âme pour monter jusqu'à Dieu avec le secours surnaturel d'en haut.

Cette profonde et lumineuse doctrine procède d'une pénétrante analyse des facultés humaines. L'observatiou des faits psychologiques en fait la base solide et en justifie la vérité. Il y a donc là autre chose qu'un rêve ou l'effusion poétique d'une belle imagination. De plus, comme on en retrouve les principes non seulement dans les Pères et les docteurs, mais aussi chez des penseurs tels que Platon et Plotin, on est en droit de dire qu'elle est à la fois philosophique et chrétienne.

C'est dans la théologie, il est vrai, qu'elle s'éclaire, se complète et s'achève merveilleusement. Le dernier mot de la sagesse humaine et divine se trouve être le mot de saint Paul : « Je ne veux savoir qu'une seule chose, Jésus-Christ, et Jésus crucifié! »

Jésus-Christ résume, en effet, toute science et tout amour, puisque, d'après tout ce qui précède, il représente le terme final de l'ascension humaine, l'union parfaite de Dieu et de l'homme par le sacrifice.

Il est le modèle de la science entière, jaillissant à la fois de source divine et de source humaine, et embrassant les deux mondes, naturel et surnaturel. « Il est le modèle de cette sagesse à la fois intellectuelle et morale, qui habite dans la volonté autant que dans l'esprit, qui opère la vérité pour la voir, qui fait la vérité pour arriver à la lumière, qui pratique par la vie libre, avant de luire par la vie intellectuelle. Il est le modèle de

cette sagesse qui est en nous la lumière chaude, la lumière personnelle, dans laquelle on peut dire : Je ne suis pas seul, car mon Père est en moi. Et il est le modèle de ces choses, parce qu'il est lui-même ces choses; il est tout ce qu'il sait : il est Dieu, il est homme, il est raisonnable, il est corps. Il est un composé de temps et d'éternité 1. »

Il est aussi le modèle de l'amour, puisque, par sa croix, il nous donne l'exemple du sacrifice total de l'égoïsme, qu'il nous invite à le suivre, à mourir avec lui, à détruire tout obstacle et toute limite, afin de nous élever vers la vérité absolue et vers le bien suprême. Il fait plus. Cette immolation de nous-mêmes, impossible à la nature, il nous donne la force de l'accepter, de la pratiquer en union avec lui, et par là d'entrer dans la vie meilleuret libre et transformée. C'est ainsi qu'il est la voie, la vérité et la vie. La parole de saint Paul, d'accord avec celle de Socrate, résume donc toute logique et toute philosophie. L'un dit : Philosopher, c'est apprendre à mourir. L'autre ne fait que préciser, éclaircir par une formule plus concrète et plus saisissante la même doctrine, quand il écrit : Il faut chercher la sagesse en Jésus-Christ, dans sa mort et dans sa croix.

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