Connaissance de l'dme, t. II, cli. m
vent le frisson de lïnfini. Supposez Timagination enchanteresse de Lamartine, soutenue par les idées originales et fortes d'un Platon, par les conjectures astronomiques d'un Herschel, par la piété enthousiaste d'une sainte Thérèse, fondez dans l'unité d'un merveilleux talent ces dons rares, vous comprendrez ce que peuvent être les tableaux, que dis-je? les visions que le P. Gratry met sous nos yeux. La splendeur de certaines pages ne saurait être surpassée. Il faut remonter au livre de Job ou à Pascal pour retrouver de ces traits qui font tressaillir, de ces peintures qui saisissent « comme une impression de lumière et d'immensité ». Si elles ne décrivent pas avec précision le lieu de l'immortalité, elles en donnent un pressentiment, comme le remarque M. Caro ^ Qu'on en juge par ces lignes :
K En contemplaat par les yeux de l'esprit ce beau vaisseau qui est la terre, je vois d'abord que nous sommes en marche. Mais je ne sais où tend la marche, et dans quel port elle doit s'arrêter. Y a-t-il un pilote? Ce pilote n'est-il pas Jésus-Christ? Mais lui, à qui tout pouvoir est donné au ciel et sur la terre, où conduit-il notre na-
vire
« Je me demande aussi pourquoi notre navire tourne autour du soleil comme autour d'une ile de lumière. Et en même temps, je m'aperçois que le vaisseau qui nous emporte, ne vogue pas seul. J'en vois sept autres, presque tous plus grands que le nôtre, qui tous voguent avec nous dans le même sens, et dans un ordre régulier et à des distances mesurées, comme tine flotte en bon ordre commandée par un chef unique. Le céleste Océan qui nous porte est si parfaitement délicat, que le mouvement de chaque navire influe sur les mouvements de tous, et cependant nous sommes si loin qu'à peine si nous pouvons nous voir. Mais que portent donc ces navires? Comment leur sort se lie-t il au nôtre? Dois-je croire qu'ils sont vides? Le pilote y va-t-il aussi? Vient-il de l'île qui nous attire? Cette ile est-elle le port?
« Souvent, je serais tenté de le croire. Et cependant, je crois savoir aussi que ce centre de lumière et de force n'est lui-même qu'un navire énorme qui nous emporte par sa puissance à travers le céleste Océan. Et ce grand navire à son tour n'est pas seul : il fait parlie d'une flotte immense aussi nombreuse que les étoiles; car, chaque étoile est un soleil, et toutes ensemble sont U grande flotte,