‹ Le pere Gratry, 1805-1872Chapitre 142 sur 263 · L'idée de Dieu, p · texte numérisé non relu

L'idée de Dieu, p

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à moins pourtant que ces grands corps, si puissants et si lamineux ne soient que des machines de feu, qui emportent à travers le ciel des flottes pareilles à celles dont notre terre est un vaisseau. Je ne sais pas ce qui en est. Ce que je sais, c'est que ce spectacle m'émeut et semble vouloir m'éclairer. Je contemple avec transport l'œuvre de Dieu, et il me semble qu'en étudiant le séjour des âmes, ou plutôt la demeure mobile et flottante qui emporte noire humanité, et où nous sommes attachés pour vivre, agir, chercher, regarder, espérer et aimer, il me semble que je vais trouver quelque indice des devoirs et des destinées de m.on âme...

« Mais voici bien un autre prodige : c'est que l'innombi-able pléiade, composée de toutes les étoiles que nous voyons au ciel, tant de celles qui scintillent et semblent nous adresser de continuels signaux, que de celles qui nous paraissent immobiles dans le profond éloignement de notre voie lactée, toute cette pléiade à son tour n'est pas seule. Je vois d'autres pléiades pareilles, immensément éloignées de la nôtre, composées de millions de soleils, dont l'ensemble n'offre à nos yeux qu'une imperceptible tache dans le ciel. Il y en a des multitudes : et ces pléiades aussi sont en mouvement et voguent comme nous. Tout cela marche, tout cela roule en tourbillons qui s'enveloppent les uns les autres, tout cela vit dans la vicissitude de continuelles révolutions. Et sur lesmondes que nous connaissons, sur celui que nous habitons, ces périodes font le jour et la nuit, et la succession des saisons, et signifient et même produisent ces deux fondamentales opérations de la nature, la vie, la mort, ces deux extrêmes que tous les êtres poursuivent et fuient, et qui forment comme la succession des flots qui nous emportent.

«... 0 Dieu, ô divin Pilote, qui connaissez cet Océan, qu'est-ce que tout cela? N'y a-t-il point de terre où l'on demeure et où l'on vive? N'y a-t-il donc que des navires qui passent, et dans ces navires mêmes des existences qui naissent et meurent, des âmes qui, unies à des corps, paraissent et disparaissent aux yeux, avec les corps qui passent et se corrompent?

<c II est certain, divin Pilote, que vous êtes venu dire ce qu'est la mort. Peu d'âmes veulent le comprendre, mais cependant vous l'avez dit. Voici le lieu où vous avez atTronté la mort, et pour la faire connaître, et pour la vaincre, et pour la transformer en source de vie. Nous direz-vous aussi ce qu'est tout ce passage, cette immense traversée et son but? Vous avez dit que notre race ne passera pas toujours de la vie à la mort, mais s'arrêtera dans la vie. Eh bien! y a-t-il donc une terre pour la vie stable, sans vicissitude et sans fin? Tout ce que j'aperçois ne semble fait que pour passer, passer encore, tout ce que je vois n'est fait que pour la mort et la génération. Où est le lieu de la vie pleine '? »

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