‹ Le pere Gratry, 1805-1872Chapitre 143 sur 263 · Connaissance de l'unie, t. II, p. 243-2-10, ywsstwi · texte numérisé non relu

Connaissance de l'unie, t. II, p. 243-2-10, ywsstwi

Le P. Gratry incline tout d'abord à croire que ce lieu pourrait bien être le soleil. Monde central, quatorze cent mille fois plus gros que la terre, immuable au milieu des astres qui gravitent et circulent autour, foyer de lumière sans ombre, il doit être autre chose qu'une masse de lave incandescente. D'après Herschel et de nombreux savants, il se compose d'un globe enveloppé d'une auréole, dont la flamme ne commence qu'à mille lieues du noyau, peut-être, et d'ailleurs en est séparée par une enveloppe de nuages au sein d'une atmosphère immense. « Là se trouverait une demeure, où il n'y aurait plus de nuit, plus de vicissitudes de saisons, mais un continuel midi dans un été continuel. » L'Écriture ne dit-elle pas que Dieu en a fait son tabernacle? Il doit donc être plus vivant, plus beau et plus riche que la terre. C'est une terre toute revêtue de gloire, qui jouit toujours des rayons directs du dôme lumineux et vivifiant qui l'environne. Par suite, plus de crépuscule, plus de nuit; plus de saisons, plus de vicissitudes. Tout est disposé pour la pérennité continue des choses et pour la vie grandissante. N'est-ce pas là l'image du séjour éternel? Mais peut-être n'en est-ce que l'image. Car, l'auréole du soleil elle-même a ses lacunes et ses déchirures et l'astre est peut-être destiné à s'éteindre comme se sont éteints d'autres soleils.

Mais voici que des savants admettent le refroidissement progressif de la terre et des planètes, leur rapprochement du soleil dans lequel elles finiront par se ramasser comme dans un centre. De plus, les instruments merveilleux dont dispose la science permettent d'observer les millions de soleils qui peuplent le ciel. Or, que remarque-t-on? Ces soleils tournent autour d'un noyau central d'une incalculable puissance d'attraction. Ils tournent, non en cercle, mais en spirale, en convergeant tous vers le centre. Les premiers de chaque ligne en sont déjà tout près, d'autres en approchent, d'autres sont encore loin. « On croirait voir une grande armée entrer, par toutes les portes, dans une capitale, pour une fête.

F^a ville est remplie de soldats, pendant que d'autres arrivent, et que ron voit encore au loin dans la canipaj^ne leurs lig-nes immenses. Mais il y a cette diflerenco qu'ici ce ne sont plus seulement des soldats, ce sont des rois, dont chacun gouverne vingt mondes ; et chacun de ces rois s'avance escorté de tous ces royaumes ! L'esprit, les sens sont confondus ! Ce sont des milliers d'empires, (les millions de mondes qui s'unissent, et pour toujours ne seront qu'un *. »

N'est-ce point là le centre de l'univers entier, autour duquel passent et défdent avec une incroyable majesté les célestes armées, où elles finiront par trouver le repos et le rassemblement? N'est-il pas permis de conjecturer que ce sera également la demeure finale des hommes réunis pour jamais? Dieu en sera l'éternelle lumière; il n'y aura plus ni temps, ni vicissitudes, ni isolement, ni séparation. La créature raisonnable ne cessera de s'y développer dans la lumière et dans l'amour. Et ces splendides symboles se couronnent par un cantique enthousiaste à la mort, sacrifice suprême de l'âme par lequel elle sort de soi pour entrer dans l'infini de Dieu, porte douloureuse, mais bénie, delà vie glorieuse , substantielle, éternellement grandissante.

x\insi s'achève, en un poème merveilleux, la philosophie du P. Gratry. Mais l'exploration hardie qui la termine ne se lie point nécessairement à l'œuvre doctrinale. Klle s'en peut détacher.

Il reste que le P. Gratry est parvenu au terme de ses aspirations, de ses recherches et de ses efl'orts : il est arrivé jusqu'à Dieu. En dépit des incertitudes apparentes de la marche, des digressions et des déviations accidentelles, il n'a pas cessé de tendre au but par la voie qu'il s'était tracée, de monter par l'intelligence et par le cœur

1. Connaissance de l'âme, t. II, p. 3-21. Tout cp passa?:o s'appuie suidos observations cnvoyc-es de Londres, en 1818, à l'Acadéniie des sciences de Paris. Le problème des nébuleuses paraissait aloi-s résolu, et la solution proposée répondait merveilleusement aux conjectures du V. (iratry.

vers la souveraine Vérité et vers le souverain Bien. Parti de l'observation intime de l'âme, il a étudié le sens divin, qui est en nous le sens du vrai, le sens du beau, le sens (lu bien; il en a suivi l'évolution continue et progressive jusqu'à l'Infini vivant. Chemin faisant, il s'est éclairé à la lumière de la tradition saine et vraie, représentée par les grands génies de l'humanité, et partout elle a confirmé la justesse de ses vues. Plus haut, la révélation lui a ouvert des étendues et des profondeurs nouvelles que le regard humain ne saurait, par ses propres forces, ni embrasser ni pénétrer. Tous les rayons, toutes les lueurs qu'il a pu recueillir ainsi, il les a réunis comme en faisceau ; et il en a composé une doctrine à la fois harmonieuse et profonde d'un effet saisissant, où la science et la foi, le naturel et le surnaturel se rapprochent dans la paix et semblent même parfois se fondre sur les frontières indistinctes des deux mondes.

La conception est d'une grande beauté. Reste à en apprécier la valeur et à en juger la solidité architecturale.

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