‹ Le pere Gratry, 1805-1872Chapitre 147 sur 263 · De Trinitalc, lib. I, u"' 3 et · texte numérisé non relu

De Trinitalc, lib. I, u"' 3 et

drie et les délicatesses secrètes. Mais c'est le mysticisme aussi qui vient se jouer à chaque instant autour de la pensée scientifique et l'attirer dans les pièges de l'analogie aventureuse ou de la conclusion prématurée... Par suite, quand le fond est scientifique en général, la forme ne l'est pas assez. Parfois même, c'est le fond de la pensée qui cesse trop visiblement de l'être. L'enthousiasme de l'idée divine possède l'auteur et l'entraîne par-dessus des intermédiaires nécessaires^. »

Après l'accord de la raison et de la foi, la seconde idée maîtresse du P. Gratry est sa théorie de la méthode dialectique.

La description du sens divin et l'analyse de la dialectique, qui n'est que le sens divin évoluant d'après une seule et même loi dans le triple domaine de la géométrie, de la physique et de la philosophie, dénotent sans contredit une pénétration psychologique, une hardiesse de vues et une puissance de synthèse des plus remarquables. Impossible de mieux surprendre dans les profondeurs de la conscience, de mieux observer, de mieux mettre en lumière ce fait indéniable d'une aspiration incessante de l'àme vers des clartés de plus en plus hautes, d'une soif inapaisable de l'intelligible suprême. Ces aperçus procèdent dune vérité profonde déjà entrevue par Leibniz, à savoir qu'au-dessus et au-dessous des opérations dont l'àme a la conscience claire, il y a des régions obscures et une vie sourde, un centre implicite de désirs et d'impulsions, d'élans instinctifs à partir du réel vers l'idéal, à partir du fini vers l'infini. Ce sont ces lueurs confuses et chaudes qui mènent la vie, selon le mot de Joubert. L'originalité du P. Gratry est d'avoir le premier projeté une clarté intense sur ces mouvements intimes et si rapides, sur ces faits psychologiques d'une immense portée. Il en

Page 1