I. LES DEUX FACTEURS UU PROGRES
Le principe fondamental de toute la doctrine est celuici : Il y a deux facteurs du progrès : Dieu et l'homme.
Dieu veut le progrès de l'humanité dans l'ordre, dans la paix, dans la liberté, dans la richesse même. Mais ce progrès est subordonné au libre arbitre de l'homme, à son volontaire efl'ort vers la liberté, la justice et la cha-
I. Comment, sur l'Évangile selon saiiil Mnllhifii. t. 1. p. ."(H.
LE PÈRE CRATRY. l'J
290 LE PERE GllATRY.
rite. Chez tous les peuples, il a été uianifestenieut lié à l'état moral de la société dont il suit les oscillations, les progrès ou la décadence. Ce sont les faits qui le démontrent. Us nous autorisent à affirmer que la loi morale est véritablement la loi de l'histoire.
L'ensemble de la thèse se déroule, pour ainsi dire, en trois tableaux. Le premier met sous nos yeux le panorama des étapes successives parcourues, sous la direction de la Providence, par notre globe en formation et par l'humanité dans sa marche à travers les âges. La volonté du Créateur et sa part d'action dans le mouvement y apparaissent en vive lumière. Le second offre une peinture saisissante des obstacles apportés de tout temps par l'homme à l'œuvre divine, obstacles qui entravent encore présentement l'élan du monde vers l'idéal. Le troisième nous représente les raisons d'espérer un avenir meilleur ; il prédit, évoque et dépeint les transformations merveilleuses qui s'annoncent et se préparent.
L'idée du progrès ne date pas d'hier. Nulle n'a été plus en vogue depuis deux siècles. Comme une liqueur capiteuse, elle monte et grise les têtes. Elle a éveillé les espérances les plus folles et ouvert une carrière sans limites aux utopistes et aux songe-creux. Sous son inspiration, des physiciens ou des chimistes ont rêvé de résoudre, par leur seule science, le problème de la destinée humaine. Des socialistes ont espéré le règne prochain d'un bien-être universel , l'avènement d'un nouveau paradis sur terre. Par ses origines pourtant, elle est éminemment chrétienne. L'antiquité païenne, en effet, a placé l'âge d'or dans les lointains du passé et n'a cessé de gémir sur la dégénérescence de l'homme, sur l'accroissement de crimes et du mal dans le monde. Au témoignage d'Horace, « pires que leurs aïeux, nos pères ont eu en nous des fils plus méchants qu'eux, et de ceux-ci va sortir uue postérité plus perverse encore' ».
Les pessimistes modernes font écho à ces doléances.