La Morale et la Loi de V histoire, t. I, p
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par des signes manifestes qu'il veut le progrès et qu'il en est la cause première.
Mais il y a une cause seconde , c'est l'homme libre, travaillant sous la loi de Dieu.
« Le corps social est, sous plusieurs rapports, précisément et scientifiquement comparable au corps humain. Il y a, pour la vie du corps, deux ordres de fonctions distinctes , fonctions nécessaires et fonctions libres : celles que la nature même opère en nous sans nous, et puis celles qui se font en nous par nous ; celles qui se continuent, soit que l'homme dorme, soit qu'il veille, comme la circulation du sang, et celles qui sont le propre de sa vie éveillée , consciente et libre, comme la marche et comme la parole. Les premières sont la conséquence de l'admirable organisation naturelle que Dieu donne. Les secondes sont, en outre, louvrage de l'homme, de son esprit, de son choix et de sa volonté, »
Il en est manifestement de même pour l'organisation sociale. Elle comporte des fonctions continues, nécessaires, qui résultent d'une constitution providentielle; et des fonctions libres, prévues, qui dépendent de notre propre opération. Par ses idées vraies ou fausses, par ses volontés droites ou perverses, l'homme peut hâter ou contrarier ce que le P, Gratry appelle la divine préparation de la justice dans le monde. Il dépend de lui de troubler, de neutraliser, de détruire les effets admirables, les forces salutaires de l'organisation providentielle. Mais, si l'effort humain conspire avec l'action d'en haut, on verra la magnificence de Dieu dans la marche des sociétés humaines, comme on la voit éclater dans les cieux ' .
Or, nous entrons actuellement dans le troisième Age de l'humanité, dont le signe caractéristique est l'exten-
1. La Morale et la Loi de l'hisluire, t. I, y>. ;U»8-3W, passrni.
sion de plus en plus conquérante du règne de Dieu. C'est d'un puissant élan religieux que le monde recevra une impulsion nouvelle vers les hauteurs. Cet élan est nécessaire; car s'arrêter, c'est inévitablement déchoir. Un grand devoir s'impose donc à la société présente. Ce grand devoir, l'ace omplira-t-elle, ou bien le trahira-t-elle, comme le fait trop souvent l'individu? Au moment où celui-ci prend possession de sa liberté, trop souvent il la vend pour jouir. Il tourne le dos à la vérité, à la justice, à la vertu, et il se précipite vers le plaisir, vers la richesse, vers les satisfactions égoïstes. Le genre humain fera-t-il de même? Arrivé à l'âge viril, n'usera-t-il de sa force et de sa liberté que pour s'emparer de la terre et en jouir, pour oublier Dieu et l'âme au sein d'un monde toujours plus riche et plus savamment exploité? Par la faute de l'homme, le progrès va-t-il s'arrêter? Allons-nous nous corrompre et subir une décadence morale, ou bien, allons-nous faire un grand et décisif effort pour nous approcher de plus en plus de l'idéal chrétien?
Tel est le terrible problème qui se pose. Nous touchons visiblement à l'heure la plus critique de l'histoire.
Pour le moment, des symptômes inquiétants frappent les yeux. « C'est d'abord, depuis un demi-siècle, une manifeste décadence intellectuelle et morale. Les caractères s'affaissent et les esprits s'évanouissent. Partout l'attention sénile et l'indifférence hébétée. Dieu, l'âme, le droit, la liberté, la raison, la justice, la vérité, l'homme, sont des mots effacés. » Les sectes sophistiques essaient d'abolir la raison et de supprimer la morale ; et, comme le christianisme est le meilleur point d'appui de l'une et de l'autre, eUes ont juré de détruire le christianisme.
De là un retour offensif du vice, de l'iniquité et de la violence sur la terre.
Ce sont les trois grands obstacles au progrès moral et social.