La Morale, etc., t. II, p
leurs victimes ou de leurs corruptrices. Un temps viendra où l'orpheline et la fille du pauvre sauront se protéger elles-mêmes, et où la loi les saura défendre. Alors, les hommes qui se font aujourd'hui un honneur et un jeu de perdre des enfants qu'ils chargent seules ensuite d'expier toute la faute commune, parfois jusqu'à la mort ou auï travaux forcés, ces hommes apprendront à leur tour, devant les tribunaux, et sous le poids de l'indignation générale, ce qu'il y a de honte, de cruauté, de perversité criminelle dans de pareils forfaits ^ »
Puis, la scène s'agrandit. Non seulement les individus, mais les peuples, mais le monde entier se trouve emporté dans ce mouvement vers le progrès moral et social. De plus en plus libres et maîtresses d'elles-mêmes, de plus en plus riches et heureuses dans la prospérité et dans la paix, les nations se rapprochent, comprennent, selon le mot de saint Paul, qu'elles sont « cohéritières, solidaires et concorporelles en Jésus-Christ », finissent par se solidariser, comme les organes d'un même corps, dans la grande unité de la société universelle , qui est l'Église catholique. Elles ne cessent de croître et de se multiplier. La terre, mieux cultivée, nourrit dix milliards d'hommes. La misère disparait. Partout le bien triomphe du mal. Spectacle d'une beauté transportante, que le P. Gratry ne se lasse pas de contempler! Il lui vient cependant une crainte, c'est que les hommes du vingtdeuxième siècle, dans leur élan de reconnaissance, ne ■conçoivent la pensée d'établir et de confier au vicaire du Christ une théocratie œcuménique plus absolue que celle du moyen âge ! Voilà l'extraordinaire sujet de son inquiétude! Adorable candeur! Il se rassure pourtant en se souvenant fort à propos d'un trait de l'Évangile. Lorsque les Juifs voulurent enlever Jésus pour le faire roi, il s'enfuit seul sur la montagne pour y prier. De môme, si l'humanité formait pareil dessein à l'égard du vicaire du Christ, celui-ci saurait également s'enfuir et se retirer, au-dessus de la terre, pour en faire descendre sur les vallées et les travaux des hommes la source vive delà prière ^.