r. Gratry. Mois de Marie, p. 1-Jl
inévitablement dévier, parce qu'au lieu de suivre une ligne directrice venant de l'Évangile, il obéissait à l'impulsion d'idées irréligieuses, legs du siècle expirant. La Déclaration des droits de l'homme est, selon le mot de M. Brunetière, une laïcisation de l'idée chrétienne. L'avortement était fatal. Un arbre ne peut vivre sans ses racines. Aussi, «la banqueroute de la Révolution française, écrivait M. Montégut dès 1871, est désormais un fait accompli, inévitable. Il n'est pas une seule de ses promesses que la Révolution n'ait été impuissante à tenir ; il n'est pas un seul de ses principes, qui n'ait engendré le contraire de lui-même, et produit la conséquence qu'il voulait éviter ^ ».
Le P. Gratry souscrirait, nous n'en doutons pas, à ces réflexions, et il conclurait avec nous que le premier mouvement de la Révolution, pour porter ses fruits, n'est pas simplement à reprendre, mais à rectifier dès son point de départ et à ramener au droit fil du courant chrétien. Qui, plus que lui, n'a cessé de dire que l'Évangile contient toutes les formules de vie, et que c'est là qu'il faut les aller chercher? « Toutes les fois, écrit-il, qu'il m'a été donné d'arriver, sur un point quelconque, par science ou expérience, à la vérité consommée, j'ai retrouvé toujours dans les entrailles de l'Évangile, dans son esprit et son texte précis illuminé par cet esprit, l'expression magnifique et dernière, la formulé éternelle de la vérité rencontrée... Le Discours sur la Montagne est comme l'ensemble des lois universelles : loi religieuse, loi des rapports de l'homme à Dieu, et de Dieu à l'homme, loi de l'âme, loi du cœur, loi de l'intelligence, loi du corps, loi du progrès en tout ordre de choses, loi de la vie sociale 2. »