Le P. Gratry, ses derniers jours
VOUS Je moi, Satan; car, vous m'êtes un scandale ; vous n'avez pas le goût des choses de Dieu, mais le goût des choses de la terre » ; il craint d'être lui-même un obstacle au Christ, il se frappe la poitrine en s'écriant : « 0 maître! que j'ai donc peu de goût pour la Croix ! Oh ! qu'il m'arrive souvent de l'éviter et de la fuir ! Mais, Seigneur, traitez-moi et traitez-nous comme vous avez traité saint Pierre, lorsqu'il s'enfuit de Rome de peur d'y être crucifié ! ^ »
Il faut l'entendre ailleurs s'interroger sur l'emploi de ses talents et se demander avec effroi s'il a été autre chose qu'un écho sonore et une cymbale retentissante : « Cet idéal de justice et de perfection dont je parle parfois avec ardeur et enthousiasme, et dont je ne crains pas de montrer toute l'immense étendue, l'ai-je véritablement pris moi-même pour mesure? L'ai-je fait descendre dans ma vie réelle de chaque heure ? Est-il ailleurs que dans ma pensée, ma poésie et ma parole? Et ces grandes choses que je conçois et que j'annonce, ne sont-elles pas comme des fardeaux qui dépassent la force de l'homme, et dont je ne parle si hardiment que parce que je n'ai pas même essayé de les bouger du bout des doigts?
(( 0 mon maître, en posant ces questions, je tremble. Car, enfin, le grossier pharisien « qui élargit ses phylactères et qui dilate ses franges », et qui fait toutes ses œuvres pour être vu des hommes, n'est-il pas la terrible et vivante critique de mon effort pour donner aux idées et aux mots leur éclat, leur grandeur, leur eli'et dans l'esprit des hommes? Tout homme qui parle ou qui écrit, apôtre ou non, ne court-il pas le grand danger de se concentrer tout entier dans sa parole, de ne ileurir que par la tête, c'est-à-dire d'abandonner l'acte pour le discours, et la vie pleine pour la pensée abstraite... Que dire du prêtre qui a pris pour parure la vérité de Dieu ; (jui la développe comme source de titres à l'admiration et aux salutations des hommes, et peut-être