Commentaires sur saint Matthieu, t. II, p
même aux honneurs et aux premières places dans les chaires et les assemblées ! Seigneur, ayezpitié de nous^ ! » C'est ainsi que le P. Gratry est, avant tout, prêtre et homme de Dieu. Il fait sans cesse effort pour se rapprocher de son centre, pour descendre au fond de ce sanctuaire intérieur, où si peu d'hommes pénètrent, et où se recueillent les sentiments vrais, la substance des idées et où Dieu habite et nous attend. C'est dans cette crypte sacrée qu'il maintient son âme en communion avec l'Esprit, avec l'âme du Christ et qu'il renouvelle perpétuellement la source de sa tendre compassion pour les hommes. Quand on aime Dieu de la sorte, en effet, on aime les hommes en esprit et en vérité; on enveloppe d'une immense pitié les plus souffrants et les plus misérables, et « il devient impossible de concevoir comment on peut employer sa vie à autre chose qu'à sauver des ténèbres et conduire à la vie, au bonheur, à l'amour et à la beauté, tous les êtres humains sichétifs et si tristes, mais capables pourtant de devenir si beaux, si lumineux, si heureux et si grands -. »
La passion de l'apostolat est essentiellement communicative. On devine ce qu'elle devait être chez une âme aussi vivante, aussi chaleureuse, aussi enthousiaste que celle du P. Gratry. A Stanislas, à l'École normale, à l'Oratoire, et, plus tard, chez lui, rue Barbet-de-Jouy, il ne cesse de la souffler aux jeunes gens qui l'entourent. Peu d'hommes ont eu, au même degré, le don de faire vibrer les natures nobles et généreuses, de les élever, de leur imprimer un élan décisif vers les hauteurs morales. De tout temps, il aima réunir à sa table une petite élite, où brillent des noms devenus célèbres : Caro, Nourrisson, Alfred Tonnelle, Foucherde Careil, Heinrich, Amédée de Margerie, V'° de Meaux, Alfred Croisât, La-