‹ Le pere Gratry, 1805-1872Chapitre 182 sur 263 · Henri Perreyve, p · texte numérisé non relu

Henri Perreyve, p

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vedan, de Sugny, de Lacombe, etc J. Ces déjeuners intimes, dont les disiractious de l'amphitryon relevaient Ja saveur, étaien* très appréciés. Au dire des témoins, rien de plus curieux et de pluspi |uant.La conversation du H. Gratry en faisait le grand charme'. Ceux qui ont pris part à ces platoniciennes agapes en ont conservé un souvenir inoubliable, tant il y avait de séduction dans les idées du philosophe, dans l'imagination éblouissante du poète, dans les convictions enflammées de l'apôtre, dans la rare candeur de Fhomme tout entier!

1. Ajoutons Albert Dumont. Voir deux curieuses lettres aux pièces justificatives, p. 484-5.

« 11 y avait, en etTet, chez lui, a dit excellemment l'un d'eux, entre le dehors et le dedans, entre l'enveloppe visible qui est le corps et l'hôte invisible qui est l'ànie, cette exquise et parfaite harmonie qui se rencontre si rarement, et qui, d'autant plus, ravit et captive tout d'abord. Dans ses traits d'un modelé noble et fin, dans la distinction et la grâce sérieuse de toute sa personne, dans la douceur pénétrante de son regard, dans les inflexions de sa voix (qui les a entendues une fois et les a jamais jiu oublier?), le sentiment et la pensée se laissaient voir comme le sable d'or d'un beau lac à travers une eau limpide. Quand ses lèvres s'ouvraient et que son regard s'allumait, c'était proprement un charme que ses entreliens. Rien qui ressemblât aux compliments tout laits dont se compose la politesse banale du monde; mais une urbanité cordiale sous laquelle on sentait le respect et l'amour des âmes, une promiititude aimable à recueillir et à goûter ce qu'il |)Ouvait y avoir de ju^le et de vrai dans les propos de son interlocuteur. iNul empressement à se faire la [lart principale dans la conversation; mais rien aussi de cette réserve hautanie ou indolente qui semble dire aux gens : Vous ne valez pas la peine que je déploie pour vous mes richesses. Pour lui, sa parole était toujours prêle à épancher le flot intérieur, comme une source épanche son onde; elle avait de la source la transparence, la fraîcheur, la vertu leitilisante; ce que n'a pas la source, elle avait des ailes, et une puissance merveilleuse pour enlever d'un vul tranquille l'âme tout entière de l'auditeur vers les hautes ré::ioiis de la science, de l'ait, de la métaphysique, surtout de la vie morale. Sans

2. Elle l'entraînait parfois jusqu'à lui faire oublier le déjeuner. Le poulet rAti était sur la table. Le P. Gratry, emporté sur les ailes de son imagination, tout entier à ses théories, servait un délicieux banquet spirituel et oubliait l'autre. Le domestique (^tait obligé de le rappeler à la réalité et de lui dire : • Mon l'ère, il y a un poulet sur la table. •

Je liens ces d»Hails de mou ancien et très cher maître, M. Alfred Croiset, doyen de la fcorbonne et membre de l'Institut.

effort apparent, sans recherche de l'effet et da trait, elle captivait par la beauté de l'idée et de l'image, par un don très rare de rencontrer du premier coup l'expression vivante et de donner aux détails mêmes des choses un tour à la fois parfaitement naturel et parfaitement original. En l'écoutant, on avait, comme fondus en un seul, le plaisir de l'œil, qui voit une belle et pure lumière, et le plaisir de l'oreille qui entend une mélodie dont le rythme va à l'âme. On craignait toujours qu'il ne s'arrêtât trop tôt, et il se taisait déjà qu'on écoutait encore. Sa parole avait ouvert des horizons et allumé une flamme; quand elle s'était arrêtée, la flamme continuait de briiler, et l'horizon demeurait sous le regard *. »

« Il faut, répétait-il à ces jeunes gens, des âmes qui soutiennent le monde par l'élévation et l'intensité de leurs convictions. Soyez du nombre. Là est le bonheur et la vérité 2. « « 0 Dieu! manquerons-nous donc toujours de cœur et de sens? Ne comprendrons-nous donc jamais cette manifeste loi de l'infaillible religion? Jusqu'à quand un homme, quel qu'il soit, recevant de Dieu un rayon quelconque de la vie, ou la force, ou la jeunesse, ou la santé, ou la science, ou la foi, ou tout autre don de la grâce, ou seulement l'or et l'argent, croira-t-il que ce rayon doit s'arrêter à lui et s'enfouir en lui, et refuserat-il de comprendre que tout rayon venant de Dieu est une force à transmettre pour la multiplier? ■

« Jusqu'à quand ceux qui ont reçu avec quelque abondance quelques dons du soleil de Dieu, verront-ils, sans en être émus, régner sur l'immense multitude la faim de l'âme, celle de l'intelligence et celle du corps? Jusqu'à quand voudra-t-on ignorer que, dans le moindre de ses petits, le Verbe fait chair souffre et attend 3?

« Donc, je vous le demande, voulez- vous être bon? Voulez-vous être l'homme de bonne volonté que Dieu veut? Voulez- vous consacrer votre vie à la justice et à la vérité? Voulez- vous vraiment accomplir la mission de l'homme sur la terre? Voulez-vous être généreux, courageux, désintéressé? Seriez-vous fier de devenir un ser-

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