‹ Le pere Gratry, 1805-1872Chapitre 185 sur 263 · Saint-René Taillandier · texte numérisé non relu

Saint-René Taillandier

intellectuelle *, » Il se mit sous la direction de celui qu'il avait choisi pour maître, et dont il subissait le charme, et il se donna au travail libre pour la vérité seule. Pendant deux années, il se fit le collaborateur du P. Gratry dans ses recherches et ses études. A ce moment, celui-ci était aumônier de l'École normale et habitait un cabinet très ensoleillé, au Luxembourg, en qualité de chapelain du lieu. « C'est là que, dans les bons jours, dit-il, nous étions, lui et moi, chacun à notre petite table, plongés depuis sept heures du matin jusqu'à cinq heures du soir, sauf l'intervalle indispensable, dans un profond et silencieux travail... Je puis dire qu'il m'a réellement aidé et que personne ne m'a aidé autant que lui. Nous avons pendant quelque temps pensé en commun. Pendant que j'écrivais la Logique, il a été pour moi un allié intellectuel important -. »

On reproche parfois au clergé de manquer de fermeté dans la direction des jeunes gens de famille, intelligents et riches, habitués à leurs aises, et, par là, exposés à glisser sur la pente de la vie commode, mondaine et \dde. Montalembert se plaignait au P. de Ravignan qiie, parmi les vingt mille jeunes gens sortis des collèges des Jésuites, il ne trouvait « pas même des auxiliaires, pas même des recrues de dernière classe. Nous ne voyons , disait-il , que des êtres mous, torpides, sans énergie, sans dévouement, sans courage, sans générosité, aussi avares de leur temps et de leur peine que de leurs écus , et pour qui la vie tout entière semble consister à avoir des enfants, des terres et des rentes et à s'exposer le moins possible ^ ». Depuis, on a généralisé le reproche et on s'en est pris à tous les éducateurs catholiques de la mollesse et de l'inertie qui dépriment les générations des classes hautes et aisées. Le clergé a fait son examen de conscience et il s'est défendu par des explications qui le justi-

1. Lettre à M. Heinrich, 3 avril 1859. Citée dans le Recueil des écrits consacrés à la mémoire d'A. Tonnelle.

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