Sources, p. 10 et
Telle était la méthode de travail, à la fois scientifique et morale, dont le P. Gratry a tracé les grandes lignes dans son admirable livre des Sources. Il l'indiquait aux jeunes gens d'élite, qui aiment et cherchent la sagesse et qui sont capables de lui sacrifier les plaisirs et les honneurs du monde. Elle n'a pas cessé d'être la sienne.
Il a commencé par soumettre lui-même son esprit à ce long, multiple et intense labeur de préparation qu'il recommande aux autres. Il a dompté, assoupli et fécondé ses facultés par des labours successifs et dirigés en plusieurs sens, croisant la littérature par la science, la science par la philosophie et la philosophie par la théologie, renouvelant ainsi et élargissant ses habitudes d'esprit, transformant en sa propre substance tous les aliments qu'il reçoit du dehors. Cet elïort continu le conduit jusqu'à l'âge de quarante-six ans. <( Il est ainsi arrivé à la publicité dans la plénitude de sa force et de sa pensée, avec un capital considérable de doctrine intérieure et de travail accumulé. Un des secrets de sa merveilleuse improvisation, c'est sans contredit l'abondance de ce trésor intellectuel amassé pendant trente années de silence méditatif. Ne vous étonnez pas après cela que la source s'épanche d'un flot si libéral. Elle a grossi ses eaux lentement et dans l'ombre souterraine. Quand une fois elle a trouvé son issue vers" le jour et sa pente dans un sol propice, elle se verse avec une sorte de joie prodigue et semble bondir vers la lumière ^. » La Lettre à M. Vacherot n'a été écrite que sous l'impulsion d'un devoir impérieux ou considéré comme tel ; et, quand paraît la Connaissance de Dieu ., le P. Gratry a quarante-huit ans ! Encore avait-il fallu, au témoignage du cardinal Dechamps, l'encourager et le presser beaucoup pour le décider à affronter le public. Rien de ce qu'il avait écrit n'était passable à ses yeux. Le succès seul lui donna confiance et une sainte audace 2.