Sources, p
■Z. Henri Pcrreyve, p. 161.
leur donner des lumières qu'ils n'ont pas. Ils savent qu'elle représente la pensée de l'humanité plus grande que leur pensée, et la pensée de Dieu plus grande que la pensée du genre humain. Ils ne rejettent pas, dans les mots, le mystère des mots. Ils y pressentent des profondeurs obscures. Outre le disque borné des mots que définit clairement la réflexion, ils croient à l'auréole immense par où les mots se fondent dans l'immense et universelle vérité. Ils sentent bien que les mots tiennent aux idées et aux choses, les idées et les choses à Dieu; ils ne s'arrêtent pas, pour eux, à l'oreille, ni aux premières couches claires de la réflexion actuelle; ils vont au cœur, dont l'émotion implique ce que la pensée pure ne saurait expliquer; au sanctuaire de l'àme, où elle va réveiller le sens du divin. Pour ces esprits, le mot réveille, non pas seulement la pensée de l'objet, mais le pressentiment de toutes ses harmonies en Dieu, dans l'àme, dans la nature : comme une oreille très délicate entend, avec un son, tous ceux qui lui répondent harmoniquemeat, ou plus bas, ou plus haut ' . »
L'école actuelle aime, au contraire, ce qu'elle appelle le mot collant sur l'idée. Le P. Gratry est de ceux qui veulent, avec Joubert, « dans notre langage écrit, de la voix, de l'âme, de l'espace, du grand air, des mots qui subsistent tout seuls et qui portent avec eux leur place ». Il comparait les harmoniques de la pensée aux lointains dans un paysage; ils font entendre ce qu'on ne peut exprimer. Les rejeter, sous prétexte de rigueur et de précision, c'est chasser de la langue la lumière, le feu, la force, l'éclat, la jeunesse, la beauté. En ce sens, la recherche de la clarté circonscrite est la mort du style. Le mot est de lui ^. Sous une forme paradoxale, il contient une part de vérité, qu'on ne saurait outrer sans tomber dans le vague et l'imprécision. Le P. Gratry, reconnaissons-le, n'est pas toujours à l'abri du reproche. Il a parfois poussé jusqu'à la confusion l'analogie entre deux moyens d'expression, entre deux langues diflérentes : la musique et la parole.
1. De la Connaissance de l'âme, t. I. Des deux manières d'entendre la parole, passim.