‹ Le pere Gratry, 1805-1872Chapitre 200 sur 263 · Méditations inédites, p · texte numérisé non relu

Méditations inédites, p

flots d'une rivière qui étincellent au soleil. On en est parfois ébloui. Montaigne n'est pas plus riche en images vives et hardies, et toujours expressives d'une idée. Et chaque image n'est autre chose que de la lumière condensée. La vérité fait corps avec la poésie, de manière à entrer dans l'âme du lecteur par toutes les portes à la fois, entendement, cœur, imagination.

Ces comparaisons sont d'ordinaire empruntées aux sciences, parfois et moins souvent à la nature. A cet écrivain exquis et naturellement lyrique , il a peut-être manqué d'avoir grandi, comme Chateaubriand, à la campagne ; d'avoir été, pendant l'adolescence, l'hôte familier des montagnes, de la mer, des bois, des champs, d'avoir entendu leurs murmures, le silence des nuits radieuses, les voix inspiratrices de la terre et du ciel, de s'être abreuvé longtemps à ces sources éternelles de toute poésie. Il y a bu, on s'en aperçoit; mais il ne s'y est pas enivré. Il lui en reste des impressions et des souvenirs, qui se trahissent quelquefois par une note charmante. Il écrit à Montalembert, à propos de son article sur Pie IX et lord Palmerston : « Cette lecture m'a fait l'effefd'un de ces parfums vigoureux et purs, comme celui de la vigne en fleurs, qui viennent parfois, au milieu d'une atmosphère fade, ranimer, rafraîchir, faire tressaillir tout ce qui vit^. >» Qu'on lise aussi, au début du livre La Paix, le tableau d'un matin de printemps. A la pureté des lignes, à la fraîcheur du coloris, au sentiment pénétrant de tout le morceau, on dirait une page de Lamennais.

Mais c'est surtout aux sciences que le P. Gratry demande des symboles pour traduire les idées morales. Pour nous faire comprendre où est la vraie force, et pour la distinguer de la violence, il invoquera une admirable comparaison tirée de l'électricité à l'état de foudre et à l'état; de paix -. '

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