‹ Le pere Gratry, 1805-1872Chapitre 202 sur 263 · Connaissance de Dieu, t. II, p · texte numérisé non relu

Connaissance de Dieu, t. II, p

lement d'idée fixe », disait plaisamment Augustin Cochin. Par suite, ses ouvrages manquent d'harmonie, de rythme et d'équilibre. La phrase est musicale, chaque développement se dérouie comme une mélodie brillante, l'ensemble ne forme pas un concert. On pourrait comparer la totalité de l'œuvre au palais de Fontainebleau : des parties superbes, des salles ravissantes, des vues splendides, mais point d'unité, nulle régularité, nulle proportion dans l'ordonnance générale. Le P. Gratry est un artiste incomplet.

En ce qui concerne le style proprement dit, c ne vous étonnez pas, dit Caro, si la veine d'or se prodigue, et si l'abondance même de ses dons amène, comme toujours^ l'involontaire abus. Il est trop facile, en vérité, de prendre ces riches natures au piège de leurs qualités. Il serait trop aisé de relever ici et là des subtilités étranges, des excès d'ingéniosité raffinée, des rencontres d'analogie bizarres, des entraînements de parole qui excèdent visiblement la pensée. Un puritain littéraire s'offenserait,, sans nul doute, de ce luxe d'images trop peu ménagé^ comme il arrive chez tous ceux auxquels ce luxe ne coûte rien. 11 se plaindrait aussi du retour fréquent des mêmes idées, presque dans les mêmes termes... Il signalerait enfin un trop grand emploi de certaines formes empruntées au langage le plus technique, et qui, au lieu de varier le style, lui infligent parfois une sorte de monotonie dans la singularité. Il y a trop de foyers concentriques, ou excentriques, trop de polarité, trop de fluides explicites ou implicites, d'ellipses et de paraboles, dans la description des plus délicats mystères de la vie psychologique et morale. La géométrie et la physique abusent du droit que leur donne si bien M. Gratry d'être aimables, spirituelles, éloquentes, lyriques' ».

Ces défauts et ces excès n'empêchent pas le P. Gratry d'être un écrivain d'une rare originalité. Le silence dans lequel on semblait vouloir ensevelir sa mémoire tient

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