Philosophie et philosophes,]). x'So
à des causes diverses. Du côté des catholiques, beaucoup ne lui pardonnaient point sa campagne contre l'infaillibilité pontificale et le scandale qu'elle avait causé. Du côté des adversaires, il y a eu sans doute des partis pris d'intolérance antichrétienne. Souvent il y a simplement de l'ignorance. « Vous ne sauriez croire, me disait, un jour, un des professeurs les plus éminents de l'Université, combien, chez nous, la rive gauche ignore la rive droite. Les membres du clergé qui travaillent, ajoutait-il, s'inspirent d'un esprit beaucoup plus large que la majorité des universitaires. Us achètent nos livres, ils discutent nos études, ils suivent le mouvement général des idées. La plupart des nôtres ne lisent rien de ce qu'impriment les catholiques. Voici, par exemple, l'article de M^"" d'Hulst sur Renan, que vous avez bien voulu me communiquer. Soyez sûr qu'on ne le connaît pas chez nous ; et, cependant, rien de plus fort n'a été écrit sur Renan ^ » Il faut dire pourtant que c'est de la plume d'un universitaire écrivain et philosophe que le talent du P. Gratry a reçu l'éloge le plus achevé, un de ces éloges qui consacrent une renommée.
« Je ne crois étonner personne en disant que M. Gratry est un écrivain des plus distingués. Je laisse ici toute considération de système, pour ne m'occuper que du tour particulier, de la forme littéraire de ses idées, et il n'est pas malaisé de voir que ce tour, cette forme portent l'empreinte de la plus vive et souvent de la plus heureuse originalité.
« Ce style passionne et fascine. Il passionne par l'ardeur du sentiment qui l'inspire et dont il communique au lecteur la flamme contagieuse. 11 fascine par sa splendeur el sa hardiesse, par l'audace soutenue de son élan et l'éclat inusité des images. Est-ce un style théologique? Non. Scientifique, philosophique? Non. Purement poétique? Pas davantage. Il n'est rien de cela exclusivement et il est tout cela à la fois. Au creuset de cette intelligence ardente, toutes les formes diverses de la pensée et de la science se sont fondues dans une forme unique, d'une trempe rare et singulière, dans un métal d'un indissoluble alliage, véritable airain de Corinthe, tout frémissant encore du feu divin de l'enthousiasme et de la foi. C'est, sans contredit, ce mélange d'imagination, de piété et de science qui donne au style du P. Gratry son accent et son caractère. Jamais, avant lui, l'imagina-