‹ Le pere Gratry, 1805-1872Chapitre 206 sur 263 · Discours de réception, p · texte numérisé non relu

Discours de réception, p

398 LE PERE GRAÏRY.

notre institution, et le goût littéraire, le pur amour du grand art de bien dire, est ici notre passion première. Aussi, quand par hasard, au milieu de l'innombrable foule qui se mêle d'écrire, nous rencontrons un écrivain, un de ces rares esprits qui respectent la langue, moins par obéissance à des règles apprises, k des préceptes convenus, que par instinct, par vocation, par naturelle déférence; qui se servent des mots sans se laisser mener par eux; qui les domptent au besoin, les plient à leur usage, sans cependant leur imposer de trop violentes^ fantaisies, trouvant dans les données traditionnelles du langage une sorte de force acquise pour exprimer avec plus d'énergie et plus de transparence les moindres mouvements de l'âme et de la pensée ; quand la fortune, encore un coup, nous ménage une telle rencontre, c'en est assez pour nous séduire ; nous nous sentons comme attirés par ce seul charme du langage, et si, sous l'agrément de cette forme limpide et colorée, correcte et originale, nous découvrons un noble cœur, une haute raison, l'esprit le plus sincère, le plus naïf, le plus amoureux du vrai, jugez combien l'attrait s'accroît! La séduction de vient complète : voilà pourquoi vous êtes parmi nous. »

Voilà pourquoi aussi le P. Gratry prendra rang, aux yeux de la postérité, non seulement parmi nos penseurs et nos moralistes, mais aussi parmi les maîtres de la couleur et du style, dans la lignée des Montaigne, des Malebranche, des Lamennais et des Michelet.

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