‹ Le pere Gratry, 1805-1872Chapitre 213 sur 263 · Lettres sur la religion, p · texte numérisé non relu

Lettres sur la religion, p

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à sa table avec quelques amis. On discutait ferme la question de l'infaillibilité. Tout à coup, au beau milieu du débat, le P. Gratry se lève et dit : « La science vient d'établir une loi d'après laquelle les planètes comme la nôtre ne peuvent être habitées moins d'un milliard d'années : nous ne sommes donc que dans la première enfance de l'humanité ^. » Cette découverte le consolait des épreuves du moment et il se disait : « Mes espérances sont retardées de deux ou trois siècles, mais elles subsistent. »

Il croyait non seulement à la communion des saints, mais à la communication des âmes entre elies^ « à ces espèces de lignes électriques qui mettent souvent les hommes en contact, sans égard aux distances ». Il va plus loin. Il écrit un jour à M"® Tonnelle, qui venait de j)erdre son fils et son mari : « J'ai découvert des choses touchantes, mais auxquelles je n'ose croire entièrement, au sujet des communications des âmes d'un monde à l'autre... Je me demande si mon cher Alfred ne me rend point maintenant d'en haut les discours de chaleureuse exhortation que je lui faisais autrefois, à lui plus qu'à personne peut-être, et qu'il buvait si profondément -. »

Cette pensée des relations des morts avec les vivants lui a inspiré une page éloquente et d'une profonde vérité, (c La société humaine a, comme l'Église, l'àme et le corps. Outre la société visible sur la terre , où s'accumulent les livres et les découvertes, il y a une société invisible que nous oublions trop. Croyez-vous à l'anéantissement des morts ou à leur renaissance dans la justice et dans la vérité, s'ils en ont eu le germe sur la terre? Si vous ne croyez pas à l'anéantissement des morts, il y a donc l'invisible société de nos pères qui nous regardent, qui nous attendent et qui nous aident, selon l'enseignement de l'Église catholique. Leurs travaux, leurs doctrines passées, puriliées et illuminées, rectitiées dans la

1. Léon Séché. Éduratcurs et moialitttes, p. 228. 'J. LeUre inédite, 18Gv.'.

vérité ; leur contemplation actuelle , le faisceau de ces lumières unies, la réunion et l'accumulation de ces étoiles qui brillent au ciel, exercent sur le monde et sur l'esprit des hommes présents sur terre une sourde et profonde influence, qui est comme le fond salutaire de chaque siècle... Pourquoi ne pas croire que les esprits peuvent nous parler à partir des fibres intimes de notre cœur, ei que ceux qui nous parleront clairement au ciel , peuvent déjà nous guider au dedans et nous inspirer aujourd'hui^? » Les morts nous parlent, a dit E. M. de Vogué.

Dans le même ordre d'idées, il aimait à rappeler la mystérieuse parole de saint Pierre : u J'aurai soin, dit l'apôtre aux premiers chrétiens , de vous visiter après ma mort pour vous rappeler ces enseignements. » « Si nous avions une foi plus vigoureuse, ajoutait-il, la mort ne serait plus qu'un voile semi-transparent sous lequel nous sentirions, pour ainsi dire, les chères âmes que nous avons perdues, comme un petit enfant qui, jouant avec sa mère ou sa sœur cachée sous un tapis, la touche, s'il ne la voit plus-. »

C'est en Dieu, en effet, que les âmes se touchent et communiquent entre elles. C'est aussi en lui qu'elles se retrempent, que se renouvellentnonseulementleurs forces spirituelles, mais jusqu'à la vitalité physique de notre être. « Il y a une prière, qui est de tout l'homme, même corporel. Et cette partie de la prière est le plus grand et le premier des aliments, des médicaments, des médecins. Souvent, calme subit dans le corps qui gémissait et qui souflrait; apaisement, soulagement et parfois guérison; rétablissement, recueillement d'une foule de choses qui étaient altérées, dispersées ; retour à l'état vrai du corps dont il est dit : corpus tuiim erit lucidiun totiim^...»

1. Logique, t. I, p. 253-4. Voir pièces justificatives, p. 487.

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