Fragment inédit, 17 mai 1865. Voir la note, p
Par tout ce qui précède , on voit que, le plus souvent, c'est le cœur qui donne le branle à l'imagination, le désir d'éclairer et de consoler les hommes. Le P. Gratry fut un grand et noble cœur. Les douleurs de la patrie l'atteignirent jusqu'au fond de l'àme en 1870. Il souffrait doublement, et de ces égorgements en masse et de l'ajournement de ses espérances de paix et de fraternité entre les hommes. « J'en suis malade de tristesse, écrivait-il. J'aime la France comme ma mère. J'aime les Allemands comme mes amis; je suis navré de les voir entraînés par des chefs pervers (je ne parle que de Bismarck), dans tant d'horreurs qu'ils nous font subir et qu'ils ont à subir. L'on se tue à peu près en nombre égal. C'est du plus odieux paganisme. C'est de la satanique
antiquité On dit que l'on a brisé les idoles. On croit
être entré dans l'ère chrétienne ! C'est pousser trop loin la sottise. Oui, il y a quelques chrétiens dispersés parmi les païens. Mais il leur reste toujours à briser les idoles, à abolir bien pis que les jeux du cirque et les meurtres des gladiateurs 1. »
(( Je ne puis travailler. Je ne puis m'occuper que de ce qui se passe. Quelle abomination que cette guerre! quoi crime ! quel sera devant Dieu l'état de l'àme ou des Ames de ceux qui — Dieu les connaît — ont été causes de ces massacres! Et jusqu'à quand les peuples se laisserontils conduire ainsi à la boucherie -? »
Les tortures atroces des blessés et des mourants lui donnaient des cauchemars, tant , selon le mot de Bossuet sur Nicolas Cornet, « il n'y avait pas d'âme plus française que la sienne ; tant il était Français jusqu'au fond des entrailles ! » 11 essayait de se consoler en pensant que Dieu est présent pour soutenir et fortifier les martyrs du do-