Cunnaissance de l'àmt', t. II
morales, psychologiques, théologiques, et je me trouve, à mesure que j'avance dans la vie, toujours plus convaincu *. » Il venait d'en donner une preuve par une dernière et vigoureuse polémique contre M. Vacherot, et les Lettres sur la ?'e H g ioh JÏ étaient, dans sa pensée, qu'une « sorte de préface » à un Essai sur le christianisme considéré du point de vue des sciences comparées ~.
C'est l'heure où éclatait dans le public la controverse passionnée sur l'infaillibilité pontificale. Il semblait bien que le P. Gratry, étranger jusque-là aux études spéciales d'histoire ecclésiastique et de théologie, n'eût pas à s'en mêler, encore moins à se prononcer contre la croyance générale de l'Église, croyance qui avait été aussi la sienne. N'avait-il pas écrit et réimprimé, dans les éditions successives de la Connaissance de Dieu, sa profession de foi explicite sur la question : <( Presque tous les catholiques, disait-il, croient en théorie, et tous admettent en pratique que le Souverain Pontife, jugeant solennellement, ex cathedra, en matière de foi ou de mœurs, est infaillible 3. » Après une pareille déclaration , on ne s'attendait pas à le voir tout à coup se démentir, s'engager à fond dans la lutte et essayer de prouver que la croyance à l'infaillibilité pontificale était une nouveauté, nouveauté introduite au moyen âge dans l'Église par les faux matériels et par les impostures d'une école de mensonge.
Que s'était-il donc passé? Quelles ont pu être les causes de ce revirement, de cette irruption soudaine et violente d'un homme de paix, fatigué par toute une vie de travail, dans une polémique d'où semblaient devoir l'écarter son opinion antérieure, non moins que son insuffisante préparation, et où allaient sombrer, avec ses dernières forces physiques, sa popularité et quelque chose de sa bonne renommée parmi les âmes chrétiennes?