Études religieuses, novembre 1872. Le P. Gratry, p
de Jiberté et d'égalité de tous les cultes sous un pouvoir juste pouvait bien être le régime désormais le meilleur et le plus souhaitable. L'agitation et les colères suscitées par le Syllabiis, l'impuissance d'agir où se trouvaient réduits momentanément ses amis, devenus suspects à Rome et à une partie de l'opinion, le confirmèrent de plus en plus dans ses vues.
Ce que souffraient, en effet, quelques catholiques des plus éclairés et des plus dévoués ne se peut décrire. L'un d'eux, d'une foi, d'une modération et d'une noblesse d'âme peu communes, le plus théologien de tout le groupe, quoique laïque, M. Foisset, ne pouvait contenir des cris d'angoisse à faire pitié. « Dans un temps, écrivaitil à M^ Dupanloup, où la scission religieuse opérée par le protestantisme, s'est aggravée à tel point qu'il n'y a plus qu'un seul gouvernement catholique, celui d'Espagne, lequel ne jouit d'aucune autorité morale au dehors; dans un temps où en France, en Autriche, en Italie, c'est-à-dire au sein des trois principales nations catholiques du monde, le plus grand nombre de ceux qui donnent le branle aux affaires et à l'opinion a cessé d'être catholique, est-il expédient que le Saint-Siège parle comme il vient de parler? Est-il possible que le chef de l'Église soit assisté de Dieu, lorsqu'il semble pris de l'esprit de vertige et gouverne au mépris de toutes les prévisions de la politique ? » Sa foi même en était troublée. « N'est-ce pas affreux, ajoutait-il, quand on n'a respiré toute sa vie que pour la religion et pour l'Église, quand on est arrivé à l'âge de soixante-neuf ans sans avoir douté jamais, n'est-ce pas affreux d'être tenté ainsi sur le bord de sa fosse i? »
Douleur pathétique d'un grand cœur! Elle était également celle de ses amis politiques. Ils ne voyaient point que le premier besoin d'une génération désorientée comme la nôtre est de savoir où est le pôle du vrai, de distinguer nettement les frontières qui le séparent du faux, de remettre en lumière les principes oubliés ou