Lettre au R. P. Lescœur
446 LE PERE GUATRY.
Ses reproches portaient exactement sur les points qui furent dénoncés et censurés peu après par l'évoque de Strasbourg'. « Il y avait des choses excellentes à dire, écrivait-il, et que le P. Gratry dit parfois excellemment. Mais ces observations justifiées sont malheureusement gâtées par des erreurs, par un ton violent, qui égale celui des adversaires les plus emportés, auxquels on reproche de se précipiter sans rien voir, sans rien entendre. )) A ceux qui demandaient l'exclusion immédiate du compromettant polémiste , il répondait : « Les torts du Père ne m'ont pas fait oublier ses services et ses mérites. J'étais convaincu d'ailleurs qu'il avait cru accomplir un grand devoir ; je m'expliquais même comment il avait pu être amené à le croire. Je le voyais en outre, non seulement soumis à des critiques sévères, ce qui n'était que trop légitime, mais aussi à d'indignes outrages et j'en étais douloureusement ému. Je le voyais, entin, ^e le vois encore sur une pente d'où nous pouvons contribuer à le faire descendre dans un abîme sans fond , et alors quel nouveau scandale dans l'Église ! ou à le faire remonter, suivant notre manière d'agir. J'ai cru qu'il y avait lieu de tenir compte de tout cela, et la règle à suivre s'est formulée ainsi pour moi : dégager la responsabilité de l'Oratoire, en évitant, autant que possible, de faire du mal au P. Gratry i. »
Toute sa correspondance relative à cette crise douloureuse est empreinte de ce bon sens ferme et éclairé , de cette modération compatissante.
D'autre part, il pressait le P. Gratry, avec toute l'éloquence dont il était capable, de désavouer et de rétracter (( tout ce qu il y avait d'inexact, d'excessif et d'injuste » dans ses lettres. « Vous vous tromperiez étrangement , lui disait-il, si vous pensiez qu'il n'y a eu que les Pharisiens à s'indigner contre vous. Combien d'autres âmes dont la foi aura été profondément troublée, peut-être même renversée par ces accusations de fraude