‹ Le pere Gratry, 1805-1872Chapitre 231 sur 263 · Lettre inédite, 15 février · texte numérisé non relu

Lettre inédite, 15 février

(48 LE PERE ORATUY.

à partir de ce moment que le pauvre Père eessa d'imprimer sur ses cartes le titre de Prêtre de l'Oratoire. Deux mois après, une assemblée générale de la congrégation s'ouvrait à Juilly. 11 lui adressa la déclaration suivante, qui fut conmiuniquée h tous les membres réunis : « Je ne suis plus de l'Oratoire, et je n'en veux plus être. J'ai cessé depuis assez longtemps de signer : Prêtre de l'Oratoire. En prenant ce titre dans la Quatrième Lettre^ j'entendais le prendre pour la dernière fois, cette série de Lettres formant d'ailleurs un tout... »

Ainsi, c'en était fait. Malgré les efforts du meilleur et du plus dévoué des amis, le dernier lien était tranché et la rupture consommée. Devenu au dehors, pour la majorité des catholiques, un objet de suspicion et de défiance, le P. Gratry n'avait même plus de refuge dans la famille religieuse qu'il avait restaurée. Il allait mourir dans la tristesse et l'isolement. « Il n'a plus qu'une envie, celle de pleurer du matin au soir, » écrivait l'un de ses plus intimes amis, le 17 juin 1871. Quel contraste avec les élans et les magnifiques espérances de 1852! Quel désenchantement et quelle douleur! <c Et super dolorem vulnerum meorum addidenint ! écrivait le P. Mariote. Combien de plaies et combien cuisantes! Dieu seul peut les guérir; seul, il peut, pendant qu'elles saignent, vous donner la force de les porter en paix, et vous inspirer des pensées et des résolutions en rapport avec les devoirs et les périls présents. »

Cependant, hâtons-nous de le dire, au milieu de cet eflbndrement lamentable, l'honneur était sauf et la conscience intacte. Même parmi ses erreurs, le P. Gratry n'avait obéi qu'à une noble passion, celle de la vérité. L'intérêt personnel, les préoccupations de vanité littéraire n'eurent à aucun moment prise sur lui. Ses fautes elles-mêmes étaient celles d'une nature généreuse; elles pouvaient voiler un moment, elles ne pouvaient faire oublier ses services passés, ni altérer longtemps l'estime, le respect et la sympathie que commandaient ses talents et ses vertus.

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