Cf. Abbé de Broglie. Article cité, p
blême du mal. Il l'avait tourné et retourné sans arriver à une solution satisfaisante, qui en conciliât l'existence avec la bonté de Dieu. 11 en était là, lorsqu'un soir d'hiver, sur la terrasse d'une vieille église, il lui fut, pour ainsi dire, révélé ce qu'il avait jusque-là cherché en vain. S'il a jamais souhaité l'éloquence de Jouffroy, ditil, c'était pour fixer l'instant où il sentit entrer en lui, avec le rayon d'une étoile, l'intelligence de l'amour de Dieu.
«J'éprouvai, dit-il, quelque chose du ravissement de saint Augustin en contemplation devant le ciel étoile, sur le rivage d'Ostie. Je compris, que Dieu veut le bien, tout le bien, rien que le bien, toujours le bien; par conséquent il veut notre bien, il nous aime. De quelque manière que ma constitution mentale se soit formée, elle m'oblige à chercher dans le bien moral la dernière raison de l'existence, ce qui revient à penser que Dieu m'aime. Je sais qu'il est, parce que j'en suis aimé; je ne subsiste que par cet amour.
« il y a bien cinquante ans de cela, continue-t-il; car, mon foyer n'était pas fondé. Je rentrai chez moi avec quelque hâte, j'essayai de me concentrer et d'adorer. Pressé de traduire l'impression reçue en pensées distinctes, j'écrivis avec une impétuosité que j'ignorais et qui n'est jamais revenue, je m'efforçai de graver l'éclair sur des pages que je n'ai jamais relues.
a Je crois que le cahier qui les renferme existe encore; mais je n'oserais l'ouvrir, certain que l'écart serait trop grand entre la lumière aperçue et les mots tracés par la plume. Depuis ce moment, j'ai vécu, j'ai souffert, j'ai eu des torts dont le souvenir me laboure, j'ai essayé de bâtir des systèmes, les motifs de nier ont passé sur mon âme, j'ai vu les difficultés se dresser l'une sur l'autre, j'ai compris que je n'avais réponse à rien, mais je n'ai jamais douté. L'évidence, du contact prévaut sur tous les raisonnements, sur tous les spectacles, sur toutes les fautes. Nous sommes aimés. Dieu nous veut quand même. Je le crois quand même, c'est bien le moins \ »
C'est ainsi que Dieu va au-devant des âmes sincères et droites, qu'il leur parle au dedans et au dehors, qu'il les réveille, les sollicite et les tire à lui. C'est ainsi qu'il leur ouvre le sens de la vie, qu'il les détache des formes transitoires, des vaines apparences et qu'il leur donne l'intuition du vrai. C'est ainsi que le jeune Gratry fut ra-